Avisciné.org :. La critique du film ULTIMATUM (2008) de Alain Tasma.
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ULTIMATUM



Moyenne des avis

LES INFORMATIONS GÉNÉRALES
LONGS METRAGES CINE

Un film :
Français
Réalisé par :
Alain Tasma
Fait en :
2008
Type de film :
Dramatique
Sortie au cinéma le :
30 Septembre 2009
Durée du film :
1h 41min.
Production :
Cipango
Lama Films
Film Kairòs
Studio 37
...
Distribution :
Mars Distribution
SYNOPSIS
31 décembre 1990. L'ultimatum lancé par l'Onu à l'Irak expire dans quinze jours : si Saddam Hussein n'évacue pas le Koweït, les Alliés disposeront d'un mandat pour utiliser la force. Dans les salles de rédaction occidentales, on parle d'une troisième guerre mondiale. A Jérusalem, l'angoisse est immense : Saddam Hussein menace d'utiliser contre Israël des Scuds chargés d'armes chimiques et bactériologiques. Luisa, 23 ans, franco-italienne, est étudiante en histoire antique à la faculté de Jérusalem. Nathanaël, jeune peintre français, subvient à ses besoins en travaillant comme vigile à Jérusalem-Est. Leur relation, violente et complexe, est sur le mode "ni avec toi, ni sans toi". Comme eux, leurs amis, voisins, connaissances, attendent la fin de l'ultimatum avec une tension croissante. Comment vit-on lorsque la vie est suspendue à un fil ? Que fait-on de ses jours, de ses nuits, quand l'apocalypse est envisageable ?


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 Critique éditée le 29/09/09 à 19:46

Si en amour, le meilleur moment, c'est lorsqu'on monte l'escalier, dans le domaine de la guerre, l'attente correspond plutôt à une descente aux enfers. Cette crainte d'une catastrophe imminente, qui pèse sur un pays, une société, comme un couvercle de plomb, Israël va la vivre pendant l'hiver 1990, alors que l'ultimatum lancé par l'ONU à l'Irak arrive à son terme. La menace plane, palpable, alourdie l'air et oppresse chaque habitant de Jérusalem. Comme lors de tout événement exceptionnel et dangereux, les caractères se révèlent, les craintes profondes, les conflits intérieurs s'extériorisent, les relations s'exacerbent. La vie suit son cour, dans une sorte de flottement, la peur et l'appréhension se nichent au fond des regards.

Les médias, qui donnent le la aux évènements, parlent de troisième guerre mondiale. L'Irak plastronne avec sa « troisième armée du monde », dont les armes bactériologiques meurtrières, braquées sur Israël, seraient prêtes à raser le pays. La société israélienne se morfond dans l'attente. Mais Ultimatum est la chronique d'une catastrophe qui ne viendra pas. Pour les citoyens occidentaux, cette guerre fut très abstraite, à la limite de l'art contemporain : des points verts sur fond noir opaque, relayés à l'infini par les médias. Pour les habitants de Jérusalem, le conflit fut à peine plus concret : des alertes, nécessitant de s'enfermer dans d'horribles «chambres à (anti) gaz » bricolées pour l'occasion, mais aucune retombée réelle, aucune destruction visible.

Cette drôle de guerre aux effets fantômes use le moral d'une population peu habituée à l'inaction. Les skuds irakiens, promesses de destruction massive, font offices de pétards mouillés. Scène de l'étrangeté, entre grotesque et drame : une grosse femme, masque à gaz vissé au visage, avance sur une route déserte. Pas un bruit, à part quelques sirènes lointaines. Une menace plane, partout et nulle part à la fois. Alain Tasma retranscrit à merveille cette ambiance délétère. Il montre les ramifications du mal, qui, tel un traumatisme, perturbent l'existence des différents protagonistes. En France, les parents de Luisa scrutent les infos, rongés d'inquiétudes... Tamar, l'amie de Luisa, au bord de l'accouchement, angoisse à l'idée de donner la vie dans ce monde de mort. La vieille voisine, survivante de la shoah, voit ses souvenirs ravivés, au point d'en perdre la raison... Bref, par le biais de ses personnages, Tasma recrée l'atmosphère de l'époque et fait vivre aux spectateurs la bizarrerie d'une situation en suspend.

Mais deux films se cachent dans Ultimatum. Le premier, passionnant, traite des effets psychologiques d'une guerre qui n'arrive jamais vraiment. Le deuxième, plus intimiste et moins réussi, développe la relation de Luisa, étudiante, avec Nathanaël, artiste aspirant, tortueux, qui ronge son frein en jouant au vigile. Une histoire banale, comme déconnectée du reste. En effet, pour les autres personnages, le film braque son projecteur sur les effets de la guerre, les conséquences de l'attente. En ce qui concerne la relation Luisa/Nathanaël, la guerre semble, au mieux, accessoire. Elle n'influe presque pas. La déliquescence de leur relation suit sa pente naturelle, et le contexte ne paraît pas y changer grand chose. Tasma place donc au cœur de son récit une amourette tumultueuse et destructrice, plutôt caricaturale, qui détonne sur la justesse de l'ensemble. La faute à Nathanäel, figure monodimentionnelle de l'artiste maudit, dont les atermoiements convenus finissent par lasser.

Gaspard Ulliel fait ce qu'il peut avec ce personnage antipathique, qui peine à convaincre. Par ailleurs, le casting réserve quelques jolies surprises en convoquant la fine fleur du cinéma israélien : Hana Laszlo (Prix d'interprétation cannois pour Free Zone), Moni Moshonov (connu pour ses rôles dans les films de James Gray), Tzahi Grad... Jasmine Trinca, dans le rôle de Luisa, charme par la grâce de son beau visage à la sensibilité tourmentée.
En dépit de ces errements scénaristiques, Tasma signe un premier film de cinéma à l'ambiance prégnante, qui, contrairement aux Skuds de Sadam, ne manque pas sa cible.

 Écrite par Geoffray Match (Modérateur et Journaliste officiel du site)
   



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