Dans tes bras traite d'un sujet dans l'air du temps, faisant les choux gras des émissions de société. Qui n'a jamais vu, un soir de désœuvrement, Jean-Luc Delarue, l'oreillette visée au tympan, en train de compatir sur les malheurs d'un enfant adopté en quête de généalogie ? Avant d'aborder, à la séquence suivante, le thème tout aussi émouvant des jongleurs nyctalopes ayant deux pieds gauches. Dans tes bras s'intéresse à cette quête des origines, via les atermoiements d'un adolescent, les nerfs à vif, et de sa mère biologique, qui s'enferre dans un déni mutique. Et le spectateur, l'œil brillant, la bouche tremblante, se doit d'être ému au plus profond de son petit cœur, devant tant de déchirements douloureux. Mais voilà : Dans tes bras loupe en beauté le coche du drame lacrymal.
Le film possède tous les symptômes du premier film français. En effet, le premier film est une spécialité de notre beau pays, au même titre que la bouillabaisse ou la potée auvergnate. Chaque année, le cinéma français en produit une palanquée, via son système de financement particulier, créant une cohorte d'auteurs éphémères, s'étiolant souvent avant le deuxième long métrage. Ne souhaitons pas à Hubert Gillet un destin semblable, mais les faits sont là : Dans tes bras est un film terne, techniquement fade, psychologisant et nombriliste, comme la pire caricature du genre.
Le film se veut réaliste et sans fioriture, deux qualificatifs permettant au réalisateur de bâcler la technique : lumière plate, son peu travaillé... Un aspect général évoquant un téléfilm de France Télévision, façon « Louis la brocante ». Ce déficit de caractère empêche Dans tes bras de développer la moindre atmosphère. L'action se déroule dans un village en bord de mer, mais ce décor ne possède aucune réalité, aucune profondeur. Le réalisateur n'en tire pas parti. Le film pourrait aussi bien se passer à Paris ou a Dunkerque, voire devant une toile peinte du Grand Canyon, comme dans un vieux western américain. Une ville morte, vide, anonyme, sorte de scène de théâtre pour les deux protagonistes.
Cette faiblesse technique pourrait être transfigurée par la grâce d'un scénario brillant. Hélas, rien à attendre de ce côté là non plus, les lieux communs s'entassent contre les banalités, et une morne torpeur saisit le spectateur. Aucune surprise, du prévisible au mètre de pellicules, pendant près de 1h30. Dans tes bras s'inspire de l'histoire personnelle du réalisateur. De fait, le film a autant d'intérêt qu'une biographie familiale publiée à compte d'auteur. Un intérêt pour le cercle des intimes, sans doute, mais qui laisse le public de marbre. Aussi passionnant qu'une rétrospective de diapositives de la famille Untel en vacances à la Bourboule, Dans tes bras pousse à la somnolence. Hubert Gillet s'est simplement offert une thérapie sur grand écran.
La sincérité ne protège pas de la lourdeur, et Dans tes bras s'y complait à coup de psychologie pesante, souvent proche de la caricature. Entre l'adolescent, cassant un pot de fleurs toutes les dix minutes afin d'exprimer son tourment intérieur, à la mère, multipliant les volte-faces de girouette, on s'ennuie ferme. Les dialogues n'échappent pas à un symbolisme plombant, soulignant les enjeux au stabilo boss vert fluo. Pour combler ce déficit de fiction, Gillet développe en parallèle une amourette entre Louis et une accorte hôtelière rouquine. Une bouffée d'air frais bien vite viciée, la brave fille se voyant pourvue d'une mère cancéreuse au stade terminal. Un procédé scolaire de scénariste appliqué : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme pour coller au sujet du lien filial. La révélation finale, d'une banalité à pleurer, couronne le naufrage par une ultime médiocrité. Reste l'interprétation, des plus honnêtes. En particulier Michelle Laroque, en mère meurtrie et perdue, très convaincante.
Dans tes bras dure moins d'une heure et demie. Une heure de trop, serait-on tenté de dire, tant le film parait bourratif. Exemple type du premier film raté, souhaitons à son auteur, délivré de ses démons autobiographiques, un deuxième long plus ambitieux, ou la fiction sera reine.
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