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ULTIMATUM Réalisé en 2008 par Alain Tasma.
Critique éditée le 29/09/09 à 19:46 par Geoffray Match (Modérateur et Journaliste officiel du site)
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Si en amour, le meilleur moment, c'est lorsqu'on monte l'escalier, dans le domaine de la guerre, l'attente correspond plutôt à une descente aux enfers. Cette crainte d'une catastrophe imminente, qui pèse sur un pays, une société, comme un couvercle de plomb, Israël va la vivre pendant l'hiver 1990, alors que l'ultimatum lancé par l'ONU à l'Irak arrive à son terme. La menace plane, palpable, alourdie l'air et oppresse chaque habitant de Jérusalem. Comme lors de tout événement exceptionnel et dangereux, les caractères se révèlent, les craintes profondes, les conflits intérieurs s'extériorisent, les relations s'exacerbent. La vie suit son cour, dans une sorte de flottement, la peur et l'appréhension se nichent au fond des regards.
Les médias, qui donnent le la aux évènements, parlent de troisième guerre mondiale. L'Irak plastronne avec sa « troisième armée du monde », dont les armes bactériologiques meurtrières, braquées sur Israël, seraient prêtes à raser le pays. La société israélienne se morfond dans l'attente. Mais Ultimatum est la chronique d'une catastrophe qui ne viendra pas. Pour les citoyens occidentaux, cette guerre fut très abstraite, à la limite de l'art contemporain : des points verts sur fond noir opaque, relayés à l'infini par les médias. Pour les habitants de Jérusalem, le conflit fut à peine plus concret : des alertes, nécessitant de s'enfermer dans d'horribles «chambres à (anti) gaz » bricolées pour l'occasion, mais aucune retombée réelle, aucune destruction visible.
Cette drôle de guerre aux effets fantômes use le moral d'une population peu habituée à l'inaction. Les skuds irakiens, promesses de destruction massive, font offices de pétards mouillés. Scène de l'étrangeté, entre grotesque et drame : une grosse femme, masque à gaz vissé au visage, avance sur une route déserte. Pas un bruit, à part quelques sirènes lointaines. Une menace plane, partout et nulle part à la fois. Alain Tasma retranscrit à merveille cette ambiance délétère. Il montre les ramifications du mal, qui, tel un traumatisme, perturbent l'existence des différents protagonistes. En France, les parents de Luisa scrutent les infos, rongés d'inquiétudes... Tamar, l'amie de Luisa, au bord de l'accouchement, angoisse à l'idée de donner la vie dans ce monde de mort. La vieille voisine, survivante de la shoah, voit ses souvenirs ravivés, au point d'en perdre la raison... Bref, par le biais de ses personnages, Tasma recrée l'atmosphère de l'époque et fait vivre aux spectateurs la bizarrerie d'une situation en suspend.
Mais deux films se cachent dans Ultimatum. Le premier, passionnant, traite des effets psychologiques d'une guerre qui n'arrive jamais vraiment. Le deuxième, plus intimiste et moins réussi, développe la relation de Luisa, étudiante, avec Nathanaël, artiste aspirant, tortueux, qui ronge son frein en jouant au vigile. Une histoire banale, comme déconnectée du reste. En effet, pour les autres personnages, le film braque son projecteur sur les effets de la guerre, les conséquences de l'attente. En ce qui concerne la relation Luisa/Nathanaël, la guerre semble, au mieux, accessoire. Elle n'influe presque pas. La déliquescence de leur relation suit sa pente naturelle, et le contexte ne paraît pas y changer grand chose. Tasma place donc au cœur de son récit une amourette tumultueuse et destructrice, plutôt caricaturale, qui détonne sur la justesse de l'ensemble. La faute à Nathanäel, figure monodimentionnelle de l'artiste maudit, dont les atermoiements convenus finissent par lasser.
Gaspard Ulliel fait ce qu'il peut avec ce personnage antipathique, qui peine à convaincre. Par ailleurs, le casting réserve quelques jolies surprises en convoquant la fine fleur du cinéma israélien : Hana Laszlo (Prix d'interprétation cannois pour Free Zone), Moni Moshonov (connu pour ses rôles dans les films de James Gray), Tzahi Grad... Jasmine Trinca, dans le rôle de Luisa, charme par la grâce de son beau visage à la sensibilité tourmentée.
En dépit de ces errements scénaristiques, Tasma signe un premier film de cinéma à l'ambiance prégnante, qui, contrairement aux Skuds de Sadam, ne manque pas sa cible.
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JEUX DE POUVOIR "State of Play" Réalisé en 2009 par Kevin Macdonald.
Critique éditée le 23/09/09 à 21:37 par GroBill (Modérateur du site)
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Jeux de Pouvoir est le 7ème film du réalisateur écossais Kevin MacDonald. On connait principalement ce cinéaste pour ses documentaires mais il s'était déjà illustré dans la fiction en 2007 en s'attaquant au personnage du dictateur ougandais Idi Amin Dada avec le film Le Dernier Roi d'Écosse, dans lequel Forest Whitaker s'offrait l'un des rôle les plus impressionnants de sa carrière.
Avant cela, avec Un jour en septembre, Kevin MacDonald s'était intéressé aux J.O. de 1972, au cours desquels un groupe d'activistes palestiniens avaient pris en otage onze athlètes israëliens, et nous avait livré un documentaire riche et passionnant sur ces événements qui ont également servi d'inspiration à Steven Spielberg pour son Munich sorti en 2006. Deux ans auparavant, Kevin MacDonald avait porté à l'écran le livre La Mort Suspendue de Joe Simpson qui retraçait l'aventure que ce dernier avait vécu avec son ami Simon Yates lors de leur ascension du Siula Grande dans la cordillère des Andes. Le film que Kevin MacDonald en tira, mélangeait de façon habile une reconstitution dramatique de ce périple en la juxtaposant à une série d'interview des véritables protagonistes. Ce mélange de fiction et de documentaire, qui n'est pas sans rappeler le travail de Peter Watkins, autre documentariste britannique, donne à ce film un style vraiment particulier qui évite les écueils respectifs du drame et du documentaire dans lesquels l'histoire aurait pu aisément sombrer si le projet initial qui prévoyait Tom Cruise dans le rôle principal avait vu le jour. Enfin Mon Meilleur Ennemi, dernier film en date du réalisateur, décidément très attiré par le documentaire et les personnages plus grands que nature, s'intéressait à Klaus Barbie. Ce film est sorti lui aussi en 2007, quelques mois seulement après Le Dernier Roi d'Écosse et il s'intéressait aux différentes carrières du boucher de Lyon après la guerre.
Mais revenons à nos moutons...
Avec Jeux de Pouvoir, Kevin MacDonald adapte sur grand écran la série télévisé anglaise éponyme, crée en 2003 par Paul Abbott et réalisée par David Yates (qui s'occupe de la saga Harry Potter depuis le cinquième épisode). L'histoire se construit autour de l'enquête que mène une équipe de journaliste autour de plusieurs meurtres. Une enquête qui les emmène dans les eaux troubles de la politique et des grands lobbys industriels et militaires. Pour l'adaptation sur grand écran, l'action a été délocalisée aux USA et l'histoire originale de 6 heures a été divisée par trois.
Russel Crowe campe un vieux briscard du journalisme qui s'intéresse à cette sordide histoire de meurtre et qui va tenter de mettre à jour les connexions qu'entretiennent son sujet et une autre affaire criminelle qui frappe le monde politique en la personne d'un vieil ami à lui, le député Stephen Collins (interprété par Ben Affleck).
Pour aborder ce thriller journalistique dans la veine du classique de Alan J. Pakula Les Hommes du Président, Kevin MacDonald a conservé une approche très réaliste, hérité de son expérience dans le documentaire, et nous livre un film plutôt réussi, aux personnages attachants et aux situations crédibles. Après une mise en place de l'intrigue qui nous plonge en quelques secondes dans l'action, le film se construit rapidement comme une course contre la montre pour le journaliste et ses collègues qui sont tenus de compléter le puzzle avant la parution du journal. Les mystères qu'ils cherchent à dévoiler les amenant parfois à la limite de l'illégalité et bien souvent dans des situations dangereuses, le spectateur est happé dès les premières minutes pour n'être relâché qu'à la toute fin du film, une fois le pot aux roses dévoilé.
Le suspense est donc assez bien distillé tout au long du métrage même si le récit s'essouffle un petit peu à force de révélations et de rebondissements, ce qui est paradoxal pour une histoire condensée au tiers de ce qu'elle représentait à l'origine. Si les comédiens sont tous très convaincant, le film souffre un peu d'une part de son sujet qui n'est finalement pas particulièrement original, et d'autre part de la relative sagesse dans laquelle le film persiste à s'ancrer. La réalisation est la plupart du temps irréprochable mais elle aurait peut-être mérité d'être abordée avec un peu plus de fantaisie ou de folie pour donner plus d'ampleur à cette description en miroir des médias et de la politique.
Reste un film à la facture classique qui se veut un bel hommage au journalisme d'investigation et à sa représentation cinématographique (on pense à Pakula bien sûr, mais également à Zodiac de Fincher ou à Révélations de Michael Mann), mais un film qui ne marque pas particulièrement et qui risque d'être oublié assez vite. La faute à un manque de personnalité dans la mise en scène, à un classicisme trop appuyé et à des comédiens, qui s'ils restent tous très bons, ne sortent pas vraiment de leur registres habituels. On retrouve Russel Crowe dans un rôle assez proche de celui qu'il tenait dans American Gangster de Ridley Scott, et les autres comédiens restent eux aussi un peu sur la réserve à part dans quelques rares scènes comme celle, à la fin du film, qui nous montre Ben Affleck péter les plombs et tabasser furieusement un des personnages secondaires.
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MILLENIUM : Le film "Män som hatar kvinnor" Réalisé en 2008 par Niels Arden Oplev.
Critique éditée le 23/09/09 à 21:13 par GroBill (Modérateur du site)
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Le film de Niels Arden Oplev démarre plutôt bien en déroulant son histoire policière de façon assez efficace et en nous plongeant directement dans le vif du sujet. La présentation en parallèle des deux personnages principaux donne à cette première partie un dynamisme intéressant d'autant que les comédiens campent leurs personnages avec talent, la tension rentrée de Lisbeth, venant contrebalancer la mollesse apparente de Blomkvist.
Ce qui frappe principalement dans cette première partie, c'est la qualité des images, les couleurs étonnantes et la beauté des décors. La suède se déploie dans ce qu'elle a de plus "carte postale", avec ses paysages enneigés et ses vieilles bâtisses aussi lugubres que romantiques. Dans le même temps, la ville de Stokholm avec ses métros et ses immeubles glauques nous sont également présentés à mesure que l'on suit le personnage de Lisbeth dans son quotidien. Si c'est le blanc qui domine dans l'univers du journaliste, de la neige pas vraiment immaculée, au papier des journaux sur lesquels s'étale le scandale qui le frappe, Lisbeth vit dans un monde plus sombre, nocturne, où la couleur des vêtements n'est qu'une manifestation de la noirceur environnante et où les mots s'inscrivent sur le fond noir des écrans d'ordinateurs.
Mais assez rapidement, les deux personnages vont se rencontrer et leurs univers se percuter pour accoucher d'une sorte de symbiose dont l'objectif va rapidement se réduire à résoudre le mystère.
Le film parvient à maintenir un certain suspense dans la durée mais on regrette quand même assez vite le jeu de miroir entre les deux personnages qui s'était établi au début du film. A partir du moment où les deux personnages se rencontrent, le journaliste et sa quête vont en quelque sorte vampiriser Lisbeth et mettre entre parenthèse tous ce qui la concernait et qui s'avèrera n'avoir été qu'une façon habile de présenter le personnage et ses démons. Et c'est bien dommage, car s'il restera quelque chose de ce film, ce n'est pas vraiment son scénario, avec son mystère éculé qui entoure une disparition vieille de quarante ans (soit un épisode de Cold Case comme un autre), ce ne sera pas non plus son traitement du genre, qui en mêlant une construction qui emprunte autant aux séries télés policière du dimanche soir qu'à certains thriller comme Zodiac de David Fincher ou Le Silence des Agneaux de Johnatan Demme. S'il y a un élément suffisamment intéressant qui mériterait que l'on se souvienne de ce film dans l'avenir, c'est bien son personnage principal féminin original, et la comédienne Noomi Rapace qui l'incarne avec une grâce indéniable. Malheureusement, ce personnage perd un peu de son caractère à partir du moment où elle s'investit dans l'enquête, et la fin du film finit de jeter au feu les aspects sombres et torturés qui avaient pu séduire chez elle dans la première partie.
Au final, Millenium ressemble surtout à ce qu'il aurait du être, à savoir une mini série télé qui auraient pu trouver son rythme en se développant sur plusieurs épisodes de courte durée et en se regardant d'un œil. Mais le format long-métrage peine un peu à convaincre, surtout en affichant 152 minutes au compteur et avec des choix esthétiques discutables comme cette partition musicale qui alterne envolées sirupeuses et musique électronique mollassonne.
Maintenant, je ne fais pas partie des millions de lecteurs qui avaient dévoré la trilogie de Stieg Larsson lors de sa publication et je n'ai donc pas éprouvé le plaisir de retrouver sur grand écran des personnages auxquels j'aurais pu m'attacher avec les romans, mais une chose est sûre c'est que si le film de Niels Arden Oplev adapte fidèlement la trame originale des livres, je ne vois pas bien ce qu'il y a de particulièrement original dans ce thriller aux ressorts usés qui ressemble à s'y méprendre à du Dean Koontz, du Mary Higgins Clark ou du Patricia Cornwell. On n'est loin de l'originalité de Morse de Tomas Alfredson, un autre film suédois sorti en 2008 qui malgré quelque petits défauts vaut cent fois ce Millenium.
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LONDON RIVER Réalisé en 2008 par Rachid Bouchareb.
Critique éditée le 15/09/09 à 19:07 par Geoffray Match (Modérateur et Journaliste officiel du site)
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Il existe des films qui, sans être mauvais, ne sont pas vraiment convaincants. London River fait partie de cette catégorie grisâtre. À première vue, le spectateur n'a pourtant pas grand-chose à lui reprocher. Rachid Bouchareb offre un travail soigné à bien des niveaux. Pourtant, on se retrouve comme à la table d'un grand restaurant, devant un plat appétissant dressé suivant les règles de l'art, mais un peu honteux de trouver l'ensemble fadasse.
L'interprétation constitue le point fort du film. C'est heureux, London River faisant dans la macroscopie sur deux parents en déroute, à la recherche de leur enfant disparu. Sotigui Kouyaté joue le rôle d'un vieux garde champêtre africain, qui, bien loin de ses chers arbres, se trouve perdu dans la vaste métropole londonienne. Sa seule silhouette dégingandée de griot errant, est déjà porteuse d'émotions. Sans paroles superflues, sa présence s'impose à l'écran avec évidence, son visage vallonné de rides, ses cheveux longs, sa voix grave, son regard humain, font de lui un personnage intéressant, porteur de toute l'Histoire d'un continent. Brenda Blethym, déjà excellente dans Secrets et mensonges de Mike Leigh, fait un remarquable contrepoint. Dans le rôle du pudding anglais, elle nourrit l'écran de ses inquiétudes maternelles et de ses préjugés innocents. Pour elle aussi, la grande ville est territoire inconnu, le métissage et le brassage ethnique n'ayant guère cours sur son île égarée. Elle vacille donc face à cette diversité culturelle, cette immensité, loin de son monde simple et fermé de bonne chrétienne.
Le film de Bouchareb ne manque pas de thèmes intéressants. Les attentats meurtriers de 2005 à Londres font office de toile de fond. Un sujet permettant d'aborder l'angoisse du bon anglais face à la culture musulmane et sa communauté, bien implantée et adaptée au crachin britannique. Un léger racisme latent (la fameuse phrase d'Élisabeth : « Ça grouille de musulmans ! ») s'apparentant plutôt à de l'ignorance craintive, celle d'une conservatrice bon teint. Aucun rejet profond, une simple défiance entretenue par les médias, pourvoyeurs réguliers de catastrophes. Double choc culturel, donc : Élisabeth et Ousmane contre le monstre urbain, mais aussi Afrique profonde contre Angleterre profonde. Tout l'objectif du film sera bien entendu de nous démontrer que ces différences ne sont pas irréconciliables, les deux protagonistes ayant les mêmes préoccupations (la quête de l'enfant) et le même rapport à la nature dans des registres différents : Ousmane soigne les arbres, Élisabeth travaille la terre.
Pourtant, si London River laisse le spectateur sur sa faim, c'est que, à l'instar de ses personnages principaux, il tourne rapidement en rond. La faute à un scénario scolaire qui multiplie les fausses pistes pesantes en guise de rebondissements. Elles s'enchainent suivant une mécanique ronronnante, comme si un scénariste de thriller hollywoodien s'était infiltré dans un film de Ken Loach. Au fil des errements d'Élisabeth, London River décline son sujet sans aucune surprise, noyant le tout dans une mare de bons sentiments des plus attendus. Bien sûr, Élisabeth et Ousmane vont se rapprocher... Bien sûr, les différences sont une richesse, les points communs une évidence... Bien sûr, personne dans le monde ne marche du même pas, et même si la terre est ronde on ne se ressemble pas ; il faut de tout pour faire un monde, c'est vrai ! (Évangile selon Saint Arnold et Willy 1:1).
Bref beaucoup d'évidences présentées platement, qui poussent le spectateur au bâillement. La musique, un tantinet sirupeuse, et qui revient à la charge comme le 20e de cavalerie à chaque moment clé, n'arrange rien. Gentillet et conventionnel, London River finit par ressembler à un honnête téléfilm, sans plus. Si le film de Bouchareb vaut pour ses interprètes de qualité, il peine à convaincre, asphyxié par ses bonnes intentions, très honorables, mais aussi ennuyeuses qu'un court de catéchisme.
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GOOD MORNING ENGLAND "The Boat That Rocked" Réalisé en 2009 par Richard Curtis.
Critique éditée le 07/09/09 à 16:29 par Rosib (Membre du site)
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Ahhhh, l’amour, l’amooouur, toujouuurs, l’amour qui transcende, l’amour qui transforme, l’amour qui arrive sans crier gare, l’amooouuuur… et qui finit par se carapater ! Combien de films, combien de cinéastes se sont emparés de ce thème passionnel et fédérateur pour nous faire passer ces instants de glamour, d’émotion, de recherche et peut-être, malheureusement, d’ennui profond devant le poste de télévision ou la toile de cinéma ? Assurément, Richard Curtis fait partie de ces inconditionnels de la comédie romantique, comme l’atteste son premier long métrage sorti en 2003, Love actually, où il était question, dans ce film à sketches, de l’Histoire d’Amour traitée à cinq stades différents de la vie de cinq individus. En fait, cette première expérience cinématographique en tant que réalisateur ne découvrait pas le penchant du réalisateur pour la comédie sentimentale, puisque Curtis fut à l’origine et aux commandes des scenarii de films récompensés d’un large succès publique, comme Quatre mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill et Le Journal de Bridget Jones, où perçaient sous des trames sentimentales de bonne facture un humour pince sans rire et une dérision « so british ».
C’est donc le sentiment d’une sérieuse réorientation thématique du réalisateur que donne le visionnage de son deuxième et dernier film Good morning England. Alors, je ne parlerai pas pour autant d’un virage à 180°, car Good morning England reste empreint d’une légèreté dans son propos et reste, marque de fabrique du réalisateur, le mélange malin d’ingrédients choisis avec soin.
L’histoire est celle d’une bande d’allumés dans l’Angleterre de l’année 1966. Les excités en question sont « djs », fans de rock sous toutes ses formes et dynamitent de leurs extravagances et de leur franc-parler décomplexé le programme 100% rock de la radio pirate « Radio rock », émise à partir d’un rafiot écumant le large des eaux territoriales britanniques.
Il faut dire que nous sommes sous le gouvernement du premier ministre Harold Wilson et que la politique sur l’île britannique est à l'austérité, à l'image des deux pauvres heures hebdomadaires que consacre la BBC au rock'n roll alors que près de la moitié de la population en raffole. Faisant fi de cette politique quelque peu restrictive, la joyeuse tribu de perturbés du « Rock boat » passe littéralement son temps à plonger dans l'extase de la drogue et de l’alcool et émet sur onde hertzienne piratée vinyle sur vinyle de groupes de rock alors méconnus. Et tandis que le gouvernement trépigne rouge de rage, c’est avec complaisance que le groupe de pseudo matelots survoltés lâche à bonne distance ses blagues païennes et idées subversives, se passe le relais dans l'exercice du massacre du bon goût puritain et dans l’emploi de la séduction chargée. Car s'il y a quelque chose de cool, chez ces hédonistes de la bande à Quentin, le patron de la radio, c'est bien ce cortège de donzelles rendues hystériques par tant de tubes électriques et de types super craquants. Et c’est avec un plaisir sans pareil que tous les quinze jours notre fière équipée de dévergondés encaisse un abordage de suaves groupies en menue tenue pour le temps d'un week-end plus que rock'n roll.
Dans Good morning England, l'humour est bien sûr abondant. La présence au casting de pointures comme Philip Seymour Hoffman qui incarne Le Comte, « dj » brillant aux sens de la formule et de l'improvisation tout à fait impressionnants, n'y est pas pour rien. Le Dr Dave, interprété par Nick Frost, le comparse de Simon Pegg dans les comédies décalées d'Edgar Wright Schaun of the dead et Hot fuzz est pas mal non plus pour jouer de sa rondeur et en faire un atout viril et rassurant, que ce soit derrière son micro ou pendant ses ébats amoureux. Et en fin de compte, il en est de même avec tous les autres « guys » de l'équipe de Radio Rock, qui déclinent chacun à leur manière la figure du mec bancal, divisé entre son personnage futé d’agitateur radiophonique et sa nature véritable, ce qui n’est pas sans accentuer la drôlerie et le rythme du film ; à l’instar du Comte dont l’hégémonie et l’orgueil de « dj » américain vont être remis en question par l’arrivée en renfort de la star de la FM américaine Gavin. Le film va ainsi se focaliser tour à tour sur chacun des membres du bateau, se scindant en autant de sous films où chacun d’eux connaîtra son instant de gloire. A noter que la complicité des comédiens à l’écran est largement tangible, ce qui renforce la crédibilité de l’ambiance et augmente le plaisir du spectateur. Le choix que fit Curtis de mêler l’utile à l’agréable en tournant en haute mer pendant plusieurs périodes de cinq semaines sur un vrai bateau n’y est évidemment pas pour rien.
A propos du scénario, l’élément malin et primordial fut donc d’intégrer à l’intrigue une quarantaine de « tubes » anglais qui révolutionnèrent l’époque avant de rentrer dans le répertoire universel des références musicales. Les Who, les Kinks vont, que ce soit de manière intra ou extradiégétique, s’engager avec la mise en scène dans une sorte de ballet, se répondant et se relayant au profit de la lisibilité et du rythme de l’histoire. De manière à rendre cohérente la juxtaposition de la cool attitude rebelle et le requiem nostalgique de la culture populaire des sixties, Curtis a doté son récit d’une barre d’arrimage à deux axes, permettant au spectateur un abordage aisé du bateau.
Le premier est celui de l’apprentissage de la vie via l’expérimentation personnelle au détriment de l’ingestion docile de préceptes dictés par le système et les institutions. Il est cependant presque regrettable de constater que cet axe sert plus de prétexte à la liberté de ton qu'emploie le réalisateur pour développer l'animation survoltée sévissant sous le pont du bateau qu’au développement par l'exemple, des rouages de la désobéissance civile. L’abordage du rafiot de Quentin se fait par le biais de Carl, son filleul alors renvoyé du lycée, envoyé par sa mère pour méditer sur son avenir. C’est donc avec le regard de l’adolescent que le spectateur va découvrir les olibrius du navire et leur manière de voir les choses. Jeune homme inexpérimenté dans tous les domaines y compris la sexualité, Carl va ainsi joyeusement s'émanciper sous l'égide de ses nouveaux colocataires qui ne vont pas tarder à le considérer comme leur poulain. Il s'ensuit une succession de scènes où chacun des « djs » va aller de son expérience assez aléatoire pour aiguiller celle de l’adolescent, ce qui comme vous pouvez vous l'imaginez, va entraîner nombre de situations rigolotes à souhait.
Le second axe consiste en la partie de ping-pong se jouant entre l'équipe de radio Rock et le ministre de la culture du gouvernement britannique. Pour ce dernier, viscéralement traditionaliste (même s'il se revendique travailliste), la résistance qu'effectue la radio pirate est tout autant insupportable que la musique agressive qu'elle diffuse sans vergogne, reléguant le jazz au rang de musique ringarde. En effet, le rock incarne alors pour beaucoup l'évolution des mentalités et la libéralisation contagieuse des mœurs qui stigmatisent au niveau populaire la période des trente glorieuses. Pour le gouvernement, ce symbole d’une émancipation iconoclaste ne doit surtout pas enfler et la directive est claire: casser l'impertinence. Du coup, le ministre de la culture va user de perfidie et de pouvoir pour faire taire le « Rock boat », recrutant pour cela le jeune arriviste Sir Asslore, aussi expéditif que dépourvu de morale.
Calé sur ses deux rails, le film va ainsi rouler, enchaînant les péripéties générées et vécues par son petit monde et révéler sa valeur. Good morning England est un film drôle, vivant et huilé. Richard Curtis s’appuie sur un fait authentique, l’existence et la disparition des radios pirates anglaises (Radio Rock fera immanquablement penser à Radio Caroline) sous la pression des autorités britanniques pour chanter la force de l’amitié et celle d’une forme de contestation mêlée d’insouciance et d’idéal que fut pour beaucoup la résonance des années soixante et soixante-dix. Sans être ni absolument génial, ni incontournable, Good morning England est un divertissement réussi saluant du mieux qu’il peut la culture populaire. Par l’ellipse qu’il fait d’une recherche sociale convaincante, le film ne peut espérer atteindre d’autre sommet. Reste que regarder les 2h15 du dernier film de Richard Curtis file une sacrée patate et réchauffe le cœur.
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INGLOURIOUS BASTERDS Réalisé en 2008 par Quentin Tarantino.
Critique éditée le 01/09/09 à 23:33 par Renato (Modérateur et Journaliste officiel du site)
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Pour la génération à laquelle j'appartiens, Tarantino est une sorte d'icône intouchable, dont le moindre bon de métrage (court, moyen, long) est automatiquement propulsé au firmament du patrimoine cinématographique, dans un déluge de déclarations apologétiques digne d'un tract de propagande stalinienne. Tarantino est génial. Ses dialogues sont trop puissants (rajoutez « genre » au début ou à la fin de cette phrase, vous aurez un aperçu correct de la plupart des critiques des films du Sieur Quentin entendues à la sortie d'une séance). Ses films c'est trop d'la balle.
J'ostracise les générations autres que la mienne, les précédentes et les suivantes, qui apprécient également fort l'oeuvre du bonhomme. Tarantino, c'est du déjanté consensuel, du grotesque assumé, des dialogues parfois pompeux, souvent cocasses, et c'est surtout un fleuve intarissable de références cinématographiques plus bis (et plus érudites) les unes que les autres, qui passent probablement à quelques années-lumières au-dessus de la tête de la majorité du public, mais qui attire au réalisateur la sympathie immédiate et naturelle des cinéphiles. Tarantino, le soit-disant sale gosse du cinéma, est aimé de tous.
Ou presque.
Je n'ai pas d'a priori, positif ou négatif, sur Quentin Tarantino. De mon point de vue, Pulp Fiction est un film marrant mais sans plus, Kill Bill 1 un film très marrant, Kill Bill 2 un film chiant, Jackie Brown un grand film. Reservoir Dogs, soit je ne l'ai pas vu, soit ça ne m'a pas marqué. Vous comprenez à la lecture des premières lignes de cette critique que Inglourious Basterds ne rejoint pas Jackie Brown, dans ma classification toute personnelle, la catégorie des grands films.
Et pourtant, Dieu sait qu'il a tout fait pour me séduire avec son dernier film. Tarantino ne s'est jamais prétendu créateur, lui qui se voit plutôt comme un « refaiseur » des films qu'il a aimés. En général avec talent, tant il sait avec habileté tresser les ficelles qui lieront une scène, inspirée d'un cinéaste italien bis des années 70, à celle qui lui succède, décalque à peine voilée d'une scène d'un obscur film de blaxploitation. Dans Inglourious Basterds, Tarantino livre un véritable récital de références qui me touchent droit au coeur, du western spaghetti (la première apparition de Hans Landa étant une magnifique ressucée de l'entrée en scène de Angel Eyes dans Le bon, la brute et le truand) au cinéma allemand des années 20 (le final dans le cinéma appelant à la rescousse Fritz Lang, son amour de la lumière et des ombres), en passant par (évidemment) le film de guerre, façon, pourquoi pas voyons grand, Robert Aldrich (la scène de passage de revue de la petite troupe de « basterds » étant un décalque d'une scène homologue des Douze salopards). Et d'autres que j'aime moins, par exemple lorsqu'il convoque le souvenir du tâcheron Enzo Castellari (Une poignée de salopards). Il m'enchante lorsque la composition Un Amico d'Ennio Morricone résonne dans salle (issue de la BO du film Revolver de Sergio Sollima).
Le choeur des références produit un joli son, le cinéphile un peu bas de plafond que je suis ne peut qu'être séduit par un film au rythme alerte, aux acteurs inspirés, aux dialogues (plus ou moins, avouons) percutants, à la maîtrise visuelle indéniable. Le tout est enlevé, violent, charmant, revigorant, drôle.
Quoique, en fait, il n'est pas si drôle que ça. Là se situe le grand souci de l'oeuvre de Tarantino : si ses films procurent un plaisir immédiat indéniable, parfois particulièrement intense, ils ne supportent que très difficilement la réflexion post-visionnage et perdent de leur force plus la découverte du film s'éloigne dans le passé. Tarantino a ce quelque chose d'irrémédiablement puéril et adolescent qui me fait penser que son art cinématographique tient de l'éjaculation précoce.
Daniel Mendelsohn, auteur des Disparus (bouquin retraçant sa quête de juif de Floride pour reconstituer le passé de sa famille broyée dans les camps nazis), a récemment déclaré que Tarantino, dans Inglourious Basterds, ne faisait rien de moins que de faire des juifs un décalque exact des nazis, par le manque d'humanité de ses personnages, leur goût pour la vengeance, leur violence qui n'a d'autre but que de se justifier elle-même. Le jugement de l'écrivain tombe sous le sens.
Tarantino, grand gamin insouciant, part d'un canevas puéril que reformulerait sans doute avec charme un enfant de 5 ou 6 ans : « on dirait que c'est une bande de juifs qui tuent des nazis pour se venger ». L'histoire qui en découle, contée avec talent, parfois avec classe (surtout quand Christoph Waltz ou Michael Fassbender sont dans le champ de la caméra), est indéniablement plaisante, mais elle manque de cette matière, de cette profondeur qui font les grandes oeuvres dramatiques. Tarantino n'a de toute manière pas la prétention d'être un auteur dramatique.
Juste un gamin qui s'amuse avec virtuosité. Sans trop savoir, parfois, qu'il joue avec des ingrédients trop sensibles. Sans se rendre compte que son manège clinquant et pétaradant peut légitimement sembler obscène à ceux qui ont connu l'horreur. La vraie. Pas celle vue à la télé ou au cinéma.
C'est sa grandeur. C'est sa petitesse.
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JUSQU'EN ENFER "Drag me to Hell" Réalisé en 2009 par Sam Raimi.
Critique éditée le 25/08/09 à 19:18 par Rosib (Membre du site)
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Pas question ici de revenir sur la personnalité et la carrière du réalisateur qui remit au goût du jour les héros de Comics avec Spiderman. Je me contenterai de préciser à ceux qui reviennent à la civilisation après avoir passé les trente dernières années enfermés dans la cave d'une ferme reculée, accessoirement peuplée de néonazis adeptes de barbecue humain (bon, ok, il s'agit là d'un autre film) que Sam Raimi fait partie de ces réalisateurs qui contribuèrent à donner son panache et son fun au genre de l’horreur. Et c'est franchement bon de voir revenir au genre de ses origines un type comme Sam Raimi, le réalisateur de la trilogie des Evil Dead et que contrairement à nombre de réalisateurs, le passage par la case « blockbuster » n'a en rien altéré ni la patte, ni le talent.
Drag me to Hell (en français Jusqu’en enfer) raconte l'histoire de Christine jeune et belle cadre dynamique dans une banque, qui pour gravir les échelons de sa boîte et ainsi atteindre un certain prestige social conforme aux valeurs et attentes de sa future belle famille, est tenue d'aiguiser son « professionnalisme ». Je traduis, faire du chiffre à tous prix, cumuler les contrats de prêt juteux et rejeter les demandeurs non solvables… le tout perpétré dans la louable intention de s’accaparer ce poste de Directeur adjoint fraîchement libéré. Quoi de plus logique alors pour notre chère Christine que de rejeter cette étrange et assez repoussante Mme Ganush venue espérer une rallonge de période de remboursement ; d'autant que Stu, le vicieux collègue d’origine chinoise, aussi arriviste qu’elle, la talonne sérieusement dans la prise d’initiative opportune, les résultats et l’exercice de séduction à l’adresse du petit patron rondouillard.
Pas de bol pour Christine, la vieille pie qu’elle vient de traîner dans la boue et finalement d'éjecter de la banque à grand renfort de bras musclés, s’avère être la matriarche d’une famille de gitans ; et comme toute bonne gitane qui se respecte, Madame Ganush est experte en sorcellerie, notamment dans l’invocation de Lamia, démon infernal qu’elle ne tarde pas à jeter sur l’infortunée jeune femme. Sacrée Madame Ganush…
Pour son grand retour au monde de l’horreur, Sam Raimi rompt avec la tendance observable dans les derniers films d’horreur qui consiste soit à platement effectuer des remakes, séquels et autres préquels de grands noms de films d’horreur comme Vendredi 13 et autre Massacre à la tronçonneuse, soit à prétendre à l’originalité du siècle en terme de scénario, noble ambition qui malheureusement se solde bien souvent par le vomi de produit alambiqué prenant rapidement l'eau. Non, Sam Raimi, en homme avisé et prudent qu’il est, revient à cette bonne vieille histoire de sorcière envoûtante pour en faire la pierre angulaire de son film.
Jusqu’en enfer est un film qui témoigne de l’intelligence de son réalisateur. Tout d’abord par la façon dont l’histoire est amenée. Contrairement à nombre de films où les protagonistes victimes se retrouvent les proies d’un psychopathe ou d’une horde de décérébrés en maraude par le fruit du hasard et de la malchance, le sort que connaît Christine est bien une conséquence de ses propres actes. Ses motivations sont d’ailleurs bien compréhensibles : femme conquérante du 21ème siècle, elle aspire à atteindre par elle-même ses objectifs fixés avec les moyens dont elle dispose ; ce qui au passage permet au réalisateur d'enfoncer le clou et de nous faire sourire jaune quant à la moralité de l’individu tenu de survivre dans une société régie par la loi du plus fort. Autre point, et encore une fois contrairement à d’autres métrages où la prude victime hurle à tous vents son innocence et le caractère injuste de ce couperet qui lui tombe sur le coin de la figure, Christine va ici faire face à son destin avec un sang froid et une combativité assez surprenants. Alors, cela ne l’empêche pas de hurler à plusieurs reprises, mais au regard de ce qui lui arrive, elle fait toutefois dans l’économie, notre Christine.
Les codes du genre sont bien sûr présents et traités avec soin. On découvre ainsi en vue subjective, et avec un grand plaisir, notre héroïne parcourir avec précaution les pièces encore tranquilles de sa maison pourtant hantée par le Lamia, jusqu’au déchaînement de ce dernier, renversant casseroles et mobilier. On se réveille et on sursaute avec elle au moment de découvrir la face couverte de pustules de la vieille femme toute collée à elle, en lieu et place de son mari endormi ! Jusqu’en enfer marche bien, et on angoisse franchement avec Christine, durant ces trois jours où elle va tenter de conjurer le sort qui la menace d’un aller simple pour l’enfer.
La réussite du film tient tout autant du scénario habilement ficelé et de l’interprétation d’Alison Lohman que de l’humour désinvolte qu’aime employer Sam Raimi dans ses films. Le réalisateur se plaît ainsi à détourner certains clichés comme celui du mystérieux médium indo-arabe ou celui de l’horrible opportuniste asiatique pour donner un ton décalé et grinçant à son film. On verra de la même manière l’horrible sorcière souvent rater son coup au moment de revenir d’outre-tombe harceler sa victime, comme l’illustre ce délicieux moment de pantalonnade où échappant son dentier au moment de la mordre, la vieille femme lui déverse à la place un vomi de glaire en pleine bouche, procédé parfaitement inoffensif mais complètement écœurant! Nombre d’évènements aussi répugnants et bizarrement cocasses seront sources de rires nerveux, véritables exutoires de tension pour le spectateur.
Avec Drag me to Hell, Sam Raimi vient rassurer sur ses compétences de réalisateur de films d’horreur qu’un long passage par le blockbuster et l’accumulation de dollars n’ont visiblement pas perturbées. Sans être le film horrifique du siècle, Drag me to Hell est de bonne facture, complètement assumé et est sans conteste celui de l’année.
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WHATEVER WORKS Réalisé en 2009 par Woody Allen.
Critique éditée le 25/08/09 à 15:21 par Rosib (Membre du site)
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Les enfants, j’ai envie de dire : quelle franche réussite que ce quarante-troisième film de Woody Allen. Je ne sais pas pour vous mais son précédent Vicky Cristina Barcelona m’avait fait l’effet d’un bonbon qu’on place sous la langue : j’ai certes apprécié la saveur acidulée du spectacle, la maîtrise cinématographique du réalisateur, la couleur et la chaleur des personnages et de la ville de Barcelone pendant la projection mais une fois celle-ci terminée, bien peu de choses m’en sont restées… Hop, fondu le Vicky Cristina Barcelona. Avec Whatever works, Woody laisse un peu de côté ses escapades européennes, pour revenir dans le berceau de sa jeunesse cinématographique, manière d’avouer à demi-mot qu’on ne disserte jamais aussi bien qu’en traitant de ce que l’on connaît.
Whatever works se déroule ainsi dans le Bronx, à New-York et les personnages principaux ont délaissé l’opulence des classes bourgeoises d’héritier-artiste barcelonais pour se contenter de l’austérité des quartiers populaires métropolitains. Adieu, donc, coupé sport rouge, chemise estivale ouverte sur torse velu et résidence secondaire avec vue sur la mer ; Boris Yellnikoff, interprété par l’auteur et acteur vedette de série télévisée américaine Larry David, contraste complètement avec le faste du personnage masculin de Vicky Cristina Barcelona, Juan Antonio, campé par Javier Bardem. Mais la perte du rutilant et du glamour sur fond de coucher de soleil en bordure de mer n’aura pas desservi les ambitions du réalisateur à toujours approfondir son sujet, loin de là.
Le quinquagénaire Boris Yellnikoff est un ex-physicien spécialisé dans la théorie des cordes, grand type juif au crâne chauve reconverti dans la palabre prétentieuse assénée sans vergogne à ses potes de café et de soirée. Misanthrope de première, son mépris de l’espèce humaine n’a d’égal que l’adoration qu’il voue à sa propre intelligence, et hormis ses amis susnommés, il mène une vie solitaire, reclus dans son petit appartement au standing plus que modeste. Mais doublement frustré par les échecs de son mariage et de sa candidature au Prix Nobel, Boris n’assume en fait que partiellement sa situation, comme l’attestent ces crises de panique récurrentes qui le tirent du plumard. Ainsi, lorsqu’il en vient à buter aux abords de chez lui sur le petit corps recroquevillé de Melody, un soir où son excentricité plus vive que de coutume lui vaut de finir seul sa soirée et de regagner ses pénates, le vieux grizzli grogne certes un peu à offrir le gîte à cette inconnue, mais va peu à peu s’amouracher de la jeune fugueuse et finalement se marier avec elle ! Eh oui, c’est dingue, c’est fou.
Whatever works, ou « Tant que ça marche » en français, fait la part belle au Hasard et à la Chance qui déterminent la vie. C’est du reste une forte croyance quasi-philosophique du sieur Woody, qu’on a pris l’habitude de retrouver dans sa filmographie ; ses deux derniers films Le rêve de Cassandre et Vicky Cristina Barcelona sont à ce propos assez éloquents. A la fausse chance d’avoir dans son entourage une main soit disant secourable mais réellement criminelle dans Le rêve de Cassandre et au constat dans Vicky Cristina Barcelona que c’est le manque de disposition de l’individu à saisir sa chance qui le fait passer à côté de sa vie, vient s’ajouter avec Whatever works un plaidoyer, pour le coup plus optimiste, sur le hasard qui fait (bien) les choses.
Boris Yellnikoff a travaillé toute sa vie avec passion pour obtenir prestige et confort, qu’un ensemble de circonstances et que sa propre nature vont finalement lui ôter, le condamnant à croupir seul et amer dans un petit appartement. C’est le hasard d’une rencontre de prime abord embarrassante mais en définitive chanceuse qui va lui apporter ce dont il a besoin, manière de dire que quelque soit la valeur de l’apparence, la chance de changer de vie et de la réussir peut s’y cacher et qu’il appartient à chacun de ne pas s’y tromper. Car si Melody, interprétée impeccablement par Evan Rachel Wood, est une jeune femme peu instruite et un peu bêbête, qui aime se dandiner sur de la House précisément là où Boris préfère l’apaisement de la musique classique, c’est justement par cette naïveté qui est sienne qu’elle va non seulement offrir toute l’attention et la patience dont elle est capable au vieux ronchon, mais de surcroit tomber amoureuse de ce génie et ce malgré les sarcasmes dont il la raille sans discontinuer.
Whatever works se garde toutefois bien de nous suggérer que la chance de l’amour est invariable et que tout ira bien du moment qu’on sait la saisir. Non, l’arrivée pétaradante de belle-maman au moment du premier anniversaire de mariage de l’invraisemblable couple est là pour marteler le contraire. Cette rencontre, pour le coup, malchanceuse, va à son tour engendrer nombre d’imbroglios et de péripéties pour les protagonistes, multipliant les coups du sort, les séparations et les rencontres.
Bien sûr, ces enchevêtrements de mésaventures et quiproquos sont typiques du vaudeville « allenien », ce qui donne au ton du film celui d’une comédie grinçante et hilarante, les altercations entre les personnages de Boris Yellnikoff et de la belle-mère Marietta y participant grandement. Véritable marque de fabrique du réalisateur, les dialogues sont fins et délicieux tandis que le pince-sans-rire de Larry David, en avatar de Woody Allen, campant un Boris Yellnikoff névrosé, mégalomane, bavard et misanthrope est tout simplement efficace, rendant attachant et émouvant un type franchement méprisable.
Whatever works est donc un film réussi, porteur de leçon particulière et porté par un casting remarquable qui ne manquera pas d’évoquer le Woody d’antan.
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LÀ-HAUT "Up" Réalisé en 2009 par Pete Docter et Bob Peterson.
Critique éditée le 20/08/09 à 14:23 par Renato (Modérateur et Journaliste officiel du site)
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Un vieil homme, un enfant obèse, une maison volante accrochée à une multitude de ballons, des chiens qui parlent et la quête des « chutes du paradis », reconnaissons que, comme à leur habitude, les studios Pixar savent mêler références érudites, en convoquant Le vieil homme et la mer d'Hemingway, rêveries d'enfant, avec la recherche effrénée par le jeune héros de la collection complète des décorations de son club de boy-scouts, et renvois ironiques et distanciés à la société contemporaine, que ce soit par le biais de l'obésité dudit jeune héros, ou par la présence menaçante de jeunes hommes en costume cravate, insensibles aux constructions de leurs aînés.
Après un très sérieux Wall-E, qui abordait ni plus ni moins que la fin de l'humanité telle que nous la connaissons, voilà que les studios Pixar choisissent de s'attaquer à la fin de vie, à la vieillesse, et osent aborder frontalement le sujet de la mort. Car Là-Haut est avant tout l'histoire, éternellement recommencée, de la transmission d'une génération à l'autre du poids d'un monde et, dans le meilleur des cas, de rêves et d'idéaux, lentement écornés et rabougris par l'âge.
M. Fredricksen, vieil homme dont la vie nous est contée au cours d'un prologue muet et bouleversant, se rapproche lentement du cimetière, à peine rattaché à la vie par le souvenir de sa défunte épouse. Russell est un pauvre gosse rêvant d'aventure, souffrant de l'absence d'un père et se cherchant un modèle auprès duquel grandir. Bien entendu, ils sont faits l'un pour l'autre, c'est tellement énorme dès le départ que Pixar ne peut bien évidemment pas jouer l'effet de surprise. Alors, pour éviter l'écueil, les concepteurs du film vont miser sur un ressort qu'ils maîtrisent généralement bien, le scénario à couches multiples.
Ce scénario, outre le fait qu'il offre aux plus jeunes une aventure pleine d'action (de haute tenue) et de rebondissements (suffisamment loufoques pour ne pas lasser), tisse avec tendresse souvent, gravité voire tristesse parfois, un métier dévoilant sans fausse pudeur les affres de la vieillesse, la crainte de la mort, son acceptation, et la mélancolie de l'inéluctable départ. Car en miroir du gentil M. Fredricksen se dresse le sinistre Charles Muntz, aventurier jusqu'au-boutiste assoiffé de gloire, qui, là où Fredricksen offre le spectacle de l'acceptation sage de la vieillesse et de la mort, s'obstine à vouloir narguer et transcender ces dernières en gravant son nom dans les livres d'histoire.
Bien sûr, en bons Américains qu'ils sont, les gens de Pixar n'oublient jamais, pour enrober cette substance sérieuse et pas forcément attirante de premier abord pour le jeune (ou le grand) public, de jouer sur l'émotion et de titiller les glandes lacrimales. Il faut reconnaître qu'ils déploient un certain talent en la matière, sachant jouer avec rouerie de la figure attendrissante de l'animal (le gros oiseau à la recherche de ses petits, le gamin innocent, les chiens-chiens bien dressés et sympathiques) et de quelques figures de style et exercices d'écriture plutôt bien sentis (le prologue muet déjà évoqué).
Plus important, d'une certaine façon, que tout ce qui a a été dit jusqu'à présent, Pixar continue à tracer sa route, à se renouveler, à ne pas pondre suite sur suite, et in fine à innover dans un environnement cinématographique par ailleurs bien moribond. Ils ont de l'audace, comme disait Danton. Et tout simplement du talent.
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PUBLIC ENEMIES Réalisé en 2009 par Michael Mann.
Critique éditée le 07/08/09 à 02:53 par Dantesk (Membre du site)
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Et c'est le film tant attendu de Michael Mann: Public Enemies.
Public Enemies est l'histoire d'un gangster se nommant John Dillinger qui était un braqueur de banque "hors pair". Le film commence. Et l'on voit déjà que le mot "hors pair" ne va pas du tout avec le personnage de John Dillinger.
Michael Mann a réalisé Miami Vice, un très bon film mais l'on sentait une mollesse implicite qui se révèle au grand jour dans ce Public Enemies.
Les scènes se répètent encore et encore: Braquage, prison, mini gun fight, braquage, prison, mini gun fight, etc. Ce sont toujours les mêmes situations qui s'affichent inlassablement et même la caméra brillantissime de Mann ne nous le fait pas oublier.
Marion Cotillard joue la demoiselle de John Dillinger, incarné par Johnny Depp. Annoncé comme le Robin des Bois des années 30, John Dillinger nous apparaît comme un homme capricieux, désirant tout et ayant peur de mourir: un homme comme les autres. Un homme qui ne veut qu'être riche et s'en aller sans demander son reste aux Etats-Unis.
La magie de Mann n'opère pas, les braquages n'impressionnent pas le moins du monde, on préfèrera ceux de Heat. John Dillinger est l'ennemi numéro 1, un ennemi se croyant au-dessus des autres, si intelligent qu'il ne puisse pas être pris par ces mortels du FBI. Bizarrement, il se fait prendre plusieurs fois. Mais peut-être le voulait-il après tout, on ne sait jamais.
Toujours est-il que John Dillinger n'est pas le Johnny Depp ayant la classe que l'on connaît. Un personnage fade, une coquille vide. Le seul homme qui a l'air d'avoir une esquisse de profondeur de personnalité est l'agent du FBI chargé d'attraper John Dillinger: Melvin Purvis, incarné par Christian Bale (connu pour être le Batman de maintenant). Ce Melvin Purvis est sali par ses crimes, il se hait mais veut attraper Dillinger. Et pourtant, c'est le seul personnage sympathique.
Mais, le plaisir de regarder est toujours là, Michael Mann filme avec une grande connaissance et l'image est vraiment magnifique. Cela fait plaisir à voir, la beauté de l'image est toujours présente avec son style documentaire bien à lui. Mais, malgré tout, Mann nous dévoile une facette dérangeante de ses films: la mollesse. Les situations s'enchaînent sans rythme (mis à part le gun fight dans la ferme) et l'on se surprend à bailler ou à regarder sa montre. Les dialogues sont "connus" et le scénario est cousu de fil blanc (la séquence finale au ralenti est tout simplement interminable). Mais, on se demande surtout quel était l'intérêt de prendre ce gangster qui n'a rien d'exceptionnel, enfin que le film montre comme quelqu'un non exceptionnel. Mann a déclaré avoir voulu montrer Dillinger au vrai jour, ne pas le cacher mais l'on se demande bien alors quel était l'intérêt de mettre à l'écran un personnage qui n'a rien eu d'impressionnant par rapport aux autres braqueurs à part d'être l'ennemi numéro 1. On va faire un peu de chauvinisme mais Mesrine était autrement plus palpitant que cet être-là.
2h13, c'est bien long pour un film dont la seule beauté est la façon de filmer et l'image. Il manque quand même de l'action, un scénario capable de nous tenir en haleine et des acteurs contents d'être là car Johnny Depp ne correspond le moins du monde à ce gangster. Johnny Depp a l'air trop serré dans ce costume, qu'il n'a pas de liberté, se contentant juste de jouer, de ne pas devenir son personnage. Dans le genre, on préférera Mesrine où le film est rythmé, où Vincent Cassel devient Mesrine.
Il faudrait que Mann se réveille, booste ses films, au risque de nous entraîner dans le sommeil...
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HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG MÊLÉ "Harry Potter and the Half-Blood Prince" Réalisé en 2009 par David Yates.
Critique éditée le 07/08/09 à 02:17 par Dantesk (Membre du site)
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Tel le phoenix Fumseck de Dumbledore, ce nouvel Harry Potter prend une toute autre dimension. Malheureusement pour nous, dans la mauvaise direction. Autant David Yates a insufflé un nouveau souffle à cette saga, autant là, il vient de radicalement changer la donne.
Dans Harry Potter et l'Ordre du Phoenix, David Yates donnait un coup de sombre et d'action à ces films qui avaient baissé de niveau avec Harry Potter et La Coupe de Feu. Il donnait un coup de jeune et signait une très bonne surprise. Mais l'espoir s'est éteint avec ce sixième opus. Le réalisateur se contente juste d'enchaîner les plans pour livrer un enchevêtrement de situations inexplicables où l'on a du mal à faire le lien. Certes, c'est très beau. Visuellement, les combats sont très jolis, tout est bien fait, cet Harry Potter est d'un évident esthétisme. Mais l'on s'ennuie ferme. Les situations sont gentilles, les acteurs ont l'air de bien rire et Daniel Radcliffe (Harry Potter) manque tout simplement de charisme.
Cet Harry Potter déçoit donc au vu de son pauvre scénario. La disparition d'un être important de cette saga passe tout simplement sur la rétine pour s'évanouir instantanément après être sorti de la salle. Même pas une larme. Puis, il y a toujours l'aspect teen-movie qui revient sans cesse, inlassablement, encore et encore. Les amours d'adolescents sorciers font sourire quelques minutes mais les pitreries des personnages comme Ronald Weasley ou Hermione Granger font quelque peu soupirer de lourdeur.
Mais, le plus inquiétant reste l'avenir. Car, oui, ce film est décevant mais l'on peut penser que les deux derniers films qui traitent du dernier livre seront bien mieux pour clore magnifiquement la saga. Hélas, la peur est bien là. Car David Yates occulte énormément de passages importants du livre pour en inventer d'autres. A croire que ce réalisateur anglais n'a pas lu ce sixième épisode. Et cet enlèvement de passages laisse présager un scénario totalement rémanié donc très différent de l'original qui est celui du livre. Bref, au vu de cet opus, on s'attend au pire.
Le passé de Voldemort n'est pas vu, les sentiments profonds des personnages sont survolés, l'interrogation d'Harry sur Rogue est effacée et les situations sont incohérentes.
2h30 est la durée de cet Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Un temps bien long pour ce film sans saveur et sans magie (un comble!). Un Harry Potter fade dont on espère qu'il retrouvera la vitalité d'antan pour les deux derniers films sous peine d'être complètement oublié. Le pire des 6. Cuaron, reviens-nous!
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DANS TES BRAS Réalisé en 2008 par Hubert Gillet.
Critique éditée le 30/06/09 à 20:54 par Geoffray Match (Modérateur et Journaliste officiel du site)
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Dans tes bras traite d'un sujet dans l'air du temps, faisant les choux gras des émissions de société. Qui n'a jamais vu, un soir de désœuvrement, Jean-Luc Delarue, l'oreillette visée au tympan, en train de compatir sur les malheurs d'un enfant adopté en quête de généalogie ? Avant d'aborder, à la séquence suivante, le thème tout aussi émouvant des jongleurs nyctalopes ayant deux pieds gauches. Dans tes bras s'intéresse à cette quête des origines, via les atermoiements d'un adolescent, les nerfs à vif, et de sa mère biologique, qui s'enferre dans un déni mutique. Et le spectateur, l'œil brillant, la bouche tremblante, se doit d'être ému au plus profond de son petit cœur, devant tant de déchirements douloureux. Mais voilà : Dans tes bras loupe en beauté le coche du drame lacrymal.
Le film possède tous les symptômes du premier film français. En effet, le premier film est une spécialité de notre beau pays, au même titre que la bouillabaisse ou la potée auvergnate. Chaque année, le cinéma français en produit une palanquée, via son système de financement particulier, créant une cohorte d'auteurs éphémères, s'étiolant souvent avant le deuxième long métrage. Ne souhaitons pas à Hubert Gillet un destin semblable, mais les faits sont là : Dans tes bras est un film terne, techniquement fade, psychologisant et nombriliste, comme la pire caricature du genre.
Le film se veut réaliste et sans fioriture, deux qualificatifs permettant au réalisateur de bâcler la technique : lumière plate, son peu travaillé... Un aspect général évoquant un téléfilm de France Télévision, façon « Louis la brocante ». Ce déficit de caractère empêche Dans tes bras de développer la moindre atmosphère. L'action se déroule dans un village en bord de mer, mais ce décor ne possède aucune réalité, aucune profondeur. Le réalisateur n'en tire pas parti. Le film pourrait aussi bien se passer à Paris ou a Dunkerque, voire devant une toile peinte du Grand Canyon, comme dans un vieux western américain. Une ville morte, vide, anonyme, sorte de scène de théâtre pour les deux protagonistes.
Cette faiblesse technique pourrait être transfigurée par la grâce d'un scénario brillant. Hélas, rien à attendre de ce côté là non plus, les lieux communs s'entassent contre les banalités, et une morne torpeur saisit le spectateur. Aucune surprise, du prévisible au mètre de pellicules, pendant près de 1h30. Dans tes bras s'inspire de l'histoire personnelle du réalisateur. De fait, le film a autant d'intérêt qu'une biographie familiale publiée à compte d'auteur. Un intérêt pour le cercle des intimes, sans doute, mais qui laisse le public de marbre. Aussi passionnant qu'une rétrospective de diapositives de la famille Untel en vacances à la Bourboule, Dans tes bras pousse à la somnolence. Hubert Gillet s'est simplement offert une thérapie sur grand écran.
La sincérité ne protège pas de la lourdeur, et Dans tes bras s'y complait à coup de psychologie pesante, souvent proche de la caricature. Entre l'adolescent, cassant un pot de fleurs toutes les dix minutes afin d'exprimer son tourment intérieur, à la mère, multipliant les volte-faces de girouette, on s'ennuie ferme. Les dialogues n'échappent pas à un symbolisme plombant, soulignant les enjeux au stabilo boss vert fluo. Pour combler ce déficit de fiction, Gillet développe en parallèle une amourette entre Louis et une accorte hôtelière rouquine. Une bouffée d'air frais bien vite viciée, la brave fille se voyant pourvue d'une mère cancéreuse au stade terminal. Un procédé scolaire de scénariste appliqué : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme pour coller au sujet du lien filial. La révélation finale, d'une banalité à pleurer, couronne le naufrage par une ultime médiocrité. Reste l'interprétation, des plus honnêtes. En particulier Michelle Laroque, en mère meurtrie et perdue, très convaincante.
Dans tes bras dure moins d'une heure et demie. Une heure de trop, serait-on tenté de dire, tant le film parait bourratif. Exemple type du premier film raté, souhaitons à son auteur, délivré de ses démons autobiographiques, un deuxième long plus ambitieux, ou la fiction sera reine.
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FAIS-MOI PLAISIR ! Réalisé en 2008 par Emmanuel Mouret.
Critique éditée le 22/06/09 à 22:50 par Geoffray Match (Modérateur et Journaliste officiel du site)
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Le charme désuet de la bourgeoisie. De film en film, Emmanuel Mouret trace son sillon singulier, et peaufine son personnage. Cinéaste d'inspiration Rohmerienne – même goût pour le marivaudage, l'érotisme poli et les dialogues littéraires – Mouret cherche avant tout à faire rire. Dans Fais-moi plaisir ! en particulier, car ici, Mouret rend hommage au slapstick et à ses grandes figures. Jamais son cinéma n'aura été aussi visuel.
Dans sa conception même, Fais-moi plaisir ! rappelle le film de Scorcese After Hours, histoire d'un homme propret, bien sous tous rapports, qui se laisse séduire, le temps d'une nuit, par les sirènes de l'aventure. De péripéties rocambolesques en hasards malencontreux, il goutera au fruit défendu, humectera ses lèvres à la coupe de l'interdit, bien trop pimentée à son goût. L'enjeu du film sera de retrouver l'équilibre originel, ces chers et confortables pénates, dédaignés à tort, le temps d'une escapade. Tel le héros de After Hours, la tentation entraine Jean-Jacques dans un tombereau de problèmes, s'entrainant en dominos. Mais c'est aussi l'occasion unique de vivre des situations inédites, rencontrer des personnages fantasques, inattendus : le président de la République, sa fille énamourée, une rock-star, une soubrette séduisante... Cette fugue provisoire dans le fantasme tient de l'acte manqué. Mais malgré les dangers, les revers, l'expérience vaut le coup ; la douceur du foyer s'en trouve renforcée. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, même pour une nuit...
Mouret profite de cette Odyssée pour rendre hommage au burlesque qu'il aime, et approfondir son archétype de gaffeur emprunté. En effet, de Buster Keaton à Mister Bean, en passant par Jacques Tati et Pierre Richard, le maladroit patenté constitue la base, le terreau essentiel, de tout bon gag visuel. Mouret multiplie les références avec une aisance et une légèreté de plume virevoltante. Ainsi, la séquence de la soirée s'inspire directement du chef d'œuvre de Blake Edwards, La Party, dans lequel Peter Sellers semait le chaos à force d'incidents. Chez Mouret, les accidents perturbent peu les invités, mais on y retrouve la même mécanique, Jean-Jacques se fourvoyant dans des situations inextricables, qu'il cherche à résoudre en toute discrétion. Dans la même séquence, les références à Jacques Tati et à la maison moderne de Mon Oncle se multiplient, l'appartement huppé regorgeant de gadgets. En conflit avec la modernité et la technologie, tel un monsieur Hulot de notre temps, Jean-Jacques devra affronter un ascenseur vocal peu commode, des toilettes déconcertantes... Mais la plus grande réussite du film tient à ses références au cinéma muet. Bon nombre de gags n'auraient pas dépareillé dans un burlesque des années 20. Certaines idées, vraiment brillantes, se révèlent dignes de Buster Keaton lui-même : le couteau à fromage d'un genre nouveau, le feutre à moustaches, les appartements mitoyens... Les deux hommes ont d'ailleurs des points communs. Si Keaton, l'homme qui ne rit jamais, jette sur le monde un regard d'éternel mélancolique, Mouret, lui, le couve d'un air tendre et doux, tout aussi immuable.
Bien sûr, le film ne réussit pas l'intégralité de ses effets. Parfois, le montage se fait attendre, certaines scènes manquent de rythme. Mais même dans ses ratés, Fais-moi Plaisir ! conserve un charme suranné qui pousse à la mansuétude. Un amour pour un certain type de cinéma, hautement contagieux. Surtout, en dépit de cette avalanche de références, qui pourrait figer le film dans une naphtaline empesée, Fais-moi plaisir ! ne perd jamais son pétillant. Ni trop appuyés ni trop démonstratifs, les multiples clins d'œil s'intègrent sans accroc à l'univers de Mouret, qui, d'opus en opus, affine son art comique. Entre bavardages et marivaudages, timidité et gestes gaffeurs, son personnage rappelle celui de Woody Allen, qui a aussi rendu hommage aux Dieux du burlesque en son temps avec Woody et les Robots. La musique joue un rôle de premier plan, Mouret ne se privant de rien. Ambiance Sixties pour la soirée, du Mozart dans les toilettes, de l'Offenbach pour monter en neige les situations... Assemblage hétéroclite, parfois envahissant, mais qui enfonce crânement le clou en soulignant ses effets.
Comme pour son précédent film, Un baiser s'il vous plait, il plane sur Fais-moi plaisir ! un parfum d'érotisme discret. De Frédérique Bel, révélant ses charmes sans coup férir, à Déborah François en domestique pudique, sans oublier la rayonnante Judith Godrèche, Mouret a su s'entourer de magnifiques spécimens de la gent féminine. Cet érotisme mise sur les regards, les situations troublantes. Le rôle de Déborah François, modeste soubrette aux beaux yeux, marque le paroxysme de cet érotisme, alors que la jeune fille ne se découvre pas d'un fil. Un regard partagé par le trou d'une serrure, une nuée de nymphettes en chemises de nuit, défilant devant le héros abasourdi, suffisent à alimenter un climat de sensualité délicate.
Pour qui ne connait pas Mouret, son style peut désarçonner : dialogues très écrits, ambiance bourgeoise désuète... Mais une fois adapté à cet univers, le spectateur savoure chaque film comme un bon roman de P.G. Wodehouse. En ajoutant cette nouvelle variation à ses thèmes de prédilections, Mouret confirme son statut d'auteur de premier plan, et redore le blason de la comédie française, bien loin des sinistres pochades vulgaires à la Cyprien, Coco et autre Camping.
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COMMIS D'OFFICE Réalisé en 2009 par Hannelore Cayre.
Critique éditée le 18/05/09 à 13:45 par GroBill (Modérateur du site)
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Commis d'office est le premier long-métrage de la réalisatrice Hannelore Cayre, avocate de formation, qui a choisi d'adapter elle-même son premier roman sur grand écran. Inspiré par son quotidien d'avocate, l'histoire de Commis d'office s'intéresse à Antoine Lahoud, interprété par Roschdy Zem, un jeune avocat au barreau de Paris qui vivote en s'occupant de dossiers minables. Des arrestations pour racolage, deals de shit mineurs ou conduite en état d'ivresse aux cas de pédophilie, brutalité conjugale ou vol à la tir, notre commis d'office doit s'occuper de tout ça dans l'espoir qu'un jour il pourra se faire un nom et obtenir de meilleurs contrats auprès de clients plus fortunés.
Un des intérêts de ce film que l'on peut rattacher aux genre des films judiciaires, ou des films de procès, c'est que pour une fois il s'intéresse aux avocats de petite envergure, à ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts et nous sommes donc loin des histoires d'avocats prestigieux et richissimes comme le cinéma américain aime nous en raconter. Antoine Lahoud n'est pas vraiment du même monde que les avocats des romans de John Grisham et de leurs adaptations, et il rêve encore d'une "Affaire Pelican" qui pourrait le propulser sous les feux de la rampe. La réalisatrice nous dépeint la vie de ces hommes et de ces femmes chargés d'assurer la défense des personnes les plus démunies qui ne peuvent pas se payer un avocat. C'est le boulot des commis d'office, et leur quotidien n'est pas vraiment glamour ni particulièrement épanouissant.
Nous allons donc suivre pendant la première partie du film maître Lahoud dans l'exercice de ses fonctions, au palais de justice de Paris. Et c'est dans cette représentation réaliste du monde judiciaire que va poindre le message que la réalisatrice tente d'adresser à la profession par le biais de son œuvre, message qui concerne le manque de moyen accordé à certains organes de la justice qui par conséquent ne peuvent pas être aussi efficace que ce que demande un vrai respect des personnes et des lois de la république.
Au bout d'un moment, le personnage en a assez de fréquenter les sans papiers, les ivrognes et les dealers de shit à la petite semaine. La dépression et l'alcoolisme le guettent, jusqu'au jour où un de ses confrères lui propose de travailler pour lui sur de plus gros cas, de défendre des truands aux portefeuilles bien garnis et de changer sa vie en augmentant sensiblement ses honoraires.
Malheureusement, le plan juteux s'avère rapidement cacher autre chose qu'un simple assouplissement d'éthique et en visitant un de ses nouveaux clients en prison, le personnage va se voir proposer une combine qui pourrait lui rapporter gros.
Commis d'office ressemble à un téléfilm judiciaire comme la télévision française en regorge, et pourtant, sous cette esthétique sobre et banale, le film arrive à dépasser un peu ce manque d'ambition apparent et à nous entrainer dans une histoire policière plutôt intéressante. Le récit distille un certain suspense qui nous tiens sans trop de problème sur les 1h30 que dure le film. L'interprétation est dans l'ensemble assez convaincante, même si certains seconds rôle ont l'air de manquer d'un vrai travail de direction d'acteur. Le choix de la réalisatrice d'ancrer le plus possible son œuvre dans le réel, en tournant au sein du palais de justice de Paris ou dans une vraie prison, font que les personnages apparaissent parfois un peu déplacés, un peu posés là maladroitement. Mais Roschdy Zem est encore une fois très bien, et pour une fois est utilisé plutôt à contre emploi.
Mais ce qui plombe ce film au final c'est la confusion du discours, qui d'une part prône une certaine idée de la morale judiciaire et qui d'autre part permet à son personnage pas toujours très honnête de s'en sortir avec les honneurs simplement parce qu'il a réussi à tirer son épingle et ses millions du jeu. Si la dénonciation d'une partie de la profession et d'un certain amour du bling bling chez les avocats passe de façon évidente à l'écran, il n'en reste pas moins que la conclusion du film vient contredire un peu ce qui a été développé jusque là. Selon Hannelore Cayre l'argent fait le bonheur et quoi que cela puisse nous coûter il vaut mieux être un menteur riche que rester pauvre et avoir sa conscience pour soi. La réalisatrice cite plusieurs fois L'Education Sentimentale de Flaubert dans son film et en particulier la phrase : « Il trouvait que le bonheur mérité par l'excellence de son âme tardait à venir ». Cette phrase correspond de façon assez évidente à l'état d'esprit du personnage. Si personne n'est capable de reconnaître son talent et ses qualités il fera le nécessaire lui-même et malgré son serment, ira jusqu'à violer la loi pour de l'argent. Le problème ici n'est pas de nous présenter un personnage principal qui enfreint la loi en toute impunité, mais plutôt de dédramatiser son acte et d'en faire un vainqueur pour les spectateurs alors que son délit n'est pas particulièrement excusable. Ce n'est pas comme s'il braquait une banque, s'il abattait de sang froid un méchant machiavélique ou s'il ridiculisait la maréchaussée. Le cinéma est rempli de ce type de personnages que les spectateurs considèrent comme des héros et je n'ai rien à redire à ça. Mais faire accomplir à son personnage une action de cette sorte sans faire preuve de la distance nécessaire ou du talent nécessaire pour que le spectateur se rende compte par lui-même de la gravité des faits et de l'immoralité de la chute qui dédouane le héros, cela ne me paraît pas vraiment très cohérent lorsque l'on veut par ailleurs pointer du doigt dans le même film la malhonnêteté de certains avocats. Et ce n'est pas en partageant un cigare cubain avec un pauvre miséreux que le personnage pourra nous apparaître plus honnête ou meilleur.
Outre cet aspect un peu dérangeant dans l'écriture, qui ne gênera sans doute que moi, Commis d'office reste un petit film policier plutôt bien réalisé qui nous entraîne dans un univers assez original et qui possède un certaine dose de suspense pas déplaisant. Rien de vraiment transcendant malgré tout et vous pourrez choisir d'attendre sa diffusion à la télé pour le voir, car ce n'est pas vraiment par le spectaculaire ni par la beauté des images que ce film arrive à se démarquer.
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X-MEN ORIGINS : WOLVERINE Réalisé en 2009 par Gavin Hood.
Critique éditée le 18/05/09 à 13:39 par GroBill (Modérateur du site)
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Quelques mots rapides sur Wolverine que je suis allé voir, comme le bon geek fan de super-héros que je suis. Avant toutes choses, j'ai envie de poser la question : « A quoi est-ce que l'on s'attend lorsqu'on va s'enfermer dans une salle obscure pour assister à une projection de X-Men Origins : Wolverine ».
Une chose est sûr, c'est que l'on s'attend à retrouver une partie de ce qui faisait le charme des films X-Men de Brian Singer, a savoir Hugh Jackman dans le rôle de Wolverine, le bruit des griffes en Adamantium qui jaillissent des poings du personnages, des bastons brutales et virevoltantes et de nouveaux super-héros avec des nouveaux super-pouvoirs, histoire de faire varier un peu le train train habituel.
Pour ce qui est de Jackman, qui enfile pour la quatrième fois le costume du mutant blindé, le moins que l'on puisse dire est qu'il commence à être bien rodé dans ce rôle. Le comédien assure sa partie du contrat même si le plus gros de son travail revient à exhiber sa musculature surhumaine et sa bouille d'australien sympathique en poussant des grognements de colère. Le personnage étant un tantinet monolithique et peu bavard, Jackman quand il n'est pas en train de se battre la bouche ouverte sur un grand « ROAAARGH », pratique la pose héroïque, le haussement de sourcil expressif et nous balance quelques répliques sans saveur du genre « Mais qui es-tu toi ?!? », ou « Pourquoiiiii ! » ou encore « Alors tout ça c'était un mensonge... ». Bref, si Hugh Jackman a un vrai potentiel de comédien, comme on a pu le voir dans des films comme Le Prestige de Christopher Nolan ou lors de la cérémonie d'ouverture des oscars 2009, le personnage de Wolverine, lui, est un peu limité dans sa palette d'émotion et finalement tout ce que le spectateur lui demande c'est d'aller à la castagne en découpant un maximum de trucs avec ses grigriffes.
Alors justement, niveau tatanes et autres mandales dans les gencives, est-ce que le film de Gavin Hood remplit son contrat ? Et bien j'ai envie de dire : à moitié seulement ! Les scènes d'actions sont plutôt bien réalisées, les affrontements sont lisibles et l'on se souviendra de quelques scènes de bravoures qui se situent surtout vers la fin du film. Mais dans l'ensemble ces scènes sont rares et se font un peu trop attendre. Le scénario veut à tout prix nous retracer les origines du personnage, origines dont finalement on se fout un peu (en même temps c'est la raison d'être du film). Et oui ! Pour prendre un exemple un peu frappant, avant que Peter Parker se fasse mordre par son araignée, on se foutait un peu de Peter Parker. Et bien, avant que Wolverine ne se fasse recouvrir d'un blindage en métal indestructible, on se fout un peu de ce qu'il était et de ce qu'il a bien pu faire pendant son adolescence. Mais les scénaristes ont voulus quand même nous resservir en quelques dizaine de minutes tout ce qui fait l'étoffe d'un héros à l'américaine : une histoire d'amour que le destin va perturber, un frère/ennemi juré qui représente ce que le héros aurait pu devenir, une vengeance à assouvir et ce qu'il faut de consistance pour apporter de la crédibilité au personnage. Bref tout un tas de trucs inutiles lorsque l'on parle d'un super-héros dont on a déjà évoqué la vie dans trois long-métrages et des centaines de bandes dessinées. C'est un peu comme si l'on faisait aujourd'hui un film sur la jeunesse de Superman, l'explosion de Krypton et son sauvetage, son arrivée sur la terre et sa vie avec les Kent, la découverte de ses pouvoirs, etc... cela sentirait un peu le réchauffé. (Comment ça, c'est exactement ce qu'à fait Brian Singer en 2006 ?!)
Pour ce qui est des autres personnages, on regrettera que seuls quelques uns arrivent à trouver une place qui relève d'un peu plus que de la figuration. Liev Schreiber, Brian Reynolds ou Tim Pocock, qui interprètent respectivement Dents de Sabre, Deadpool et Cyclope, arrivent à peu près à exister mais pour les autres il faudra se contenter d'une rapide présentation de leur pouvoirs et d'une scène expéditive ou deux la plupart du temps. Soit un certain potentiel, mais qui n'est pas utilisé.
Le film de Gavin Hood nous réserve quand même quelques belles surprises, comme ce générique de début qui n'est pas sans faire penser à celui des Watchmen de Zack Snyder, ce combat final qui effleure du doigt l'héroïsme auquel on était en droit de prétendre avec cette histoire de personnages immortels qui essayent de se faire la peau ou encore certains plans très joliment composé et éclairés avec un soin assez remarquable pour un blockbuster d'action.
Finalement on arrive ici à l'une des limites du long-métrage de super-héros, une limite dont la bande dessinée s'est d'ailleurs affranchie depuis toujours et que l'on peut retrouver dans certaines série animées américaines ou japonaises comme Dragon Ball Z pour ne citer que celle-là. Dans les bandes dessinées de super-héros comme dans les épisodes de Dragon Ball Z, l'histoire n'est qu'un prétexte à un déchainement d'action, de combats et d'explosions toujours plus spectaculaires. Il faudrait maintenant que les cinéastes et les producteurs de films de super-héros assument de ne plus trop se poser de questions sur le scénario et de nous livrer des films vraiment spectaculaires, des combats de titans de 1h30 pour 15 minutes de dialogues, plutôt que l'inverse. Si les films perdraient en profondeur, on retrouverait enfin un des intérêts de la culture populaire à savoir une certaine distance qui permet de relativiser ce que l'on est en train de regarder et de se délasser vraiment. On se fout un peu de savoir si le personnage aimait sa femme avant qu'elle ne soit tuée, on se fout un peu de savoir si derrière sa carapace de métal, un cœur sensible bat dans sa poitrine, on se fout un peu du méchant et de ses projets machiavéliques et alambiqués, ce qu'on veut c'est de l'action, des effets spéciaux rutilants et une bonne dose d'entertainement décomplexé.
Qu'ils fassent des films plus court mais qu'au moins on ne nous fasse pas perdre notre temps devant des séquences cache-misères. Malgré tout, X-Men Origins : Wolverine est quand même infiniment plus recommandable que d'autres comic-movies du genre Daredevil ou Les Quatres Fantastiques.
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LE SENS DE LA VIE POUR 9.99$ "$9.99" Réalisé en 2008 par Tatia Rosenthal.
Critique éditée le 18/05/09 à 12:52 par GroBill (Modérateur du site)
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Les films d'animation qui sont destinés à un public adulte sont suffisamment rares pour que toute œuvre qui appartient à ce genre mérite que l'on s'y intéresse a priori. En effet, rares sont les cinéastes qui œuvrent dans cette discipline particulière et en général ce qu'il ont a nous dire et ce qu'ils arrivent à faire passer grâce à leurs petits Mickeys est bien souvent plus intéressant et plus pertinent que la moyenne. A quelques mois d'écarts, Bill Plympton avec Des Idiots et des Anges, utilisait lui aussi l'animation pour nous raconter une fable cynique et sombre sur le genre humain, dont le représentant le plus héroïque que le cinéaste avait pu trouver était un alcoolique concupiscent et pleutre qui se retrouvait bien malgré lui et pour son plus grand malheur parachuté dans la peau d'un ange. Plympton est un bon exemple de ces rares auteurs qui, grâce à l'animation pour adulte, arrivent à raconter des histoires cocasses par leur esthétique et leur traitement mais qui prennent une dimension universelle en s'inspirant du réel. Bien sûr l'oncle Picsou et le Lion Sherkaan peuvent eux-aussi être pris pour des archétypes de personnes réelles et eux aussi délivrent un message intéressant. Mais la différence par rapport à l'animation pour adulte c'est qu'un canard avec des guêtres ou un ogre vert qui pète et qui rote n'arrivera jamais à déployer autant de finesse et de variétés d'émotions que les personnages que l'on peut trouver chez Plympton, ou dans d'autres films comme Le Sens de la vie pour 9.99$ de Tatia Rosenthal.
Le sens de la Vie pour 9.99$, ressemble a s'y méprendre à un de ces films comme il s'en fait de nos jours : un immeuble avec ses habitants, une poignée de petits destins que l'on va suivre pendant un moment, des personnages attachants et une morale bien pensante pour emballer tout ça et faire un beau film choral à oscar... Sauf que cette fois-ci, il faudrait donner le prix d'interprétation à une figurine en plasticine, que la morale véhiculé dans ce film n'est pas vraiment consensuelle et que de toute façon l'académie des oscars risque de pas trop apprécier l'œuvre de Tatia Rosenthal.
Ce film s'intéresse aux habitants d'un petit immeuble ordinaire dans une ville tellement ordinaire que son nom n'est même pas précisé. Nous pourrions être à New York ou ailleurs, cela n'a pas vraiment d'importance. Dans cet immeuble se croisent chaque jour différents personnages tous plus où moins à une période charnière de leur vie qui va déterminer la suite de leur existence. Il y a ce père de famille dépressif qui partage son appartement avec son fils et qui se ferme comme une huitre après un traumatisme. Il y a son fils, au chômage, qui rêve de devenir télé-vendeur et qui pense trouver les réponses à ses questions dans des brochures à 9$99 pièce. Il y a aussi ce vieil homme seul qui ne souhaite qu'une chose c'est discuter de n'importe quoi avec n'importe qui et surtout savoir à quoi ressemble le paradis. Un jeune homme en pleine rupture amoureuse qui réapprend la vie de célibataire avec de drôles de copains. Un petit garçon qui va découvrir que le capitalisme n'est pas le système le plus approprié lorsque que notre meilleur ami est une tirelire en forme de cochon.
Le scénario est construit à partir de plusieurs nouvelles du jeune écrivain et cinéaste Israélien Etgar Keret qui s'est lui-même chargé de l'adaptation, et le film regroupe donc plusieurs petits contes moraux plus ou moins fantastiques qui vont s'entrecroiser et que le choix de filmer en animation va faire sortir de la quotidienneté et du réalisme trop dramatique dans lequel ces histoires auraient pût s'enliser avec un traitement classique. Le ton général est donc plus à l'absurde, à la nostalgie et au sarcasme qu'au misérabilisme et au didactisme qui plombent trop souvent des films au sujet similaire.
Quel est le sens de la vie ? Comment s'orienter dans l'existence pour être heureux, ou au moins ne pas être trop malheureux ? La réponse ultime à ces interrogations réside-t-elle dans un livre à 9.99$ ? Finalement Tatia Rosenthal choisit de ne pas répondre à ces questions et de laisser le spectateur trouver par lui-même dans l'une de ces histoires, ce qu'il jugera bon de retenir. Pour une réponse plus précise je ne peux que vous conseiller de vous adresser aux poissons des Monty Pythons, qui eux aussi s'étaient interrogés sur la question il y a de ça quelques années.
Si le scénario est réussi et les différentes péripéties plutôt bien menées, un des points fort de ce film c'est bien sûr le choix de l'animation en volume. Plutôt que de choisir la facilité et de tourner ces histoires en live, avec de vraies comédiens auxquels s'identifier immédiatement, la réalisatrice a fait le pari de nous toucher avec de l'animation en stop motion. Les fous furieux du studio Aardman, responsables des films Wallace & Gromit, avaient déjà démontré par le passé qu'il était possible de faire naître le rire et de donner vie à des scènes spectaculaires et échevelées avec des morceaux de pâte à modeler. Tatia Rosenthal nous entraîne vers des rivages moins évidents et arrive à nous émouvoir de façon très simple et très efficace en quelques plans. La plasticine est utilisée avec talent pour donner naissance à ces personnages modernes mal dégrossis, ces pantins du XXIème siècle qui prennent vie pour nous représenter. Et que l'on n'aille pas croire que cet aspect artificiel empêche l'émotion. L'histoire du petit garçon qui rêve d'un jouet très cher et à qui son père offre une tirelire en forme de cochon pour qu'il apprenne le sens de l'épargne et de la persévérance, restera à mon avis l'un des plus joli et des plus émouvant morceau d'animation qu'il m'ait été donné de voir.
D'autres histoires jouent plus la carte du burlesque et du cynisme, en particulier avec le personnage du suicidé, réincarné en ange râleur, qui sert de fil rouge à l'ensemble et qui va s'incruster chez un vieil homme solitaire afin de tromper son ennui.
Dans l'ensemble le film est parsemé de belles idées poétiques que ne viennent heureusement pas gâcher les quelques faiblesses de rythme et d'animation auxquelles le film n'échappe pas. Car en choisissant de ne pas jouer la carte du spectaculaire en ancrant malgré tout son animation dans un certain réalisme, et en abordant des sujets graves, le film souffre de quelques baisses de régime et sans que l'on en vienne à s'ennuyer, on en vient à se dire que certaines histoires auraient peut-être méritées d'être raccourcies ou abordées avec plus d'humour ou de légèreté.
Dans l'ensemble Le Sens de la vie pour 9.99$ est un très bon petit film, qui mérite vraiment que l'on s'y intéresse, déjà pour sa forme et son appartenance à un genre trop rarement exploité de nos jours, et ensuite parce que les histoires racontées, le message véhiculé et l'impertinence de cette fable est un formidable remède à la morosité.
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OSS 117 : Rio ne répond plus Réalisé en 2007 par Michel Hazanavicius.
Critique éditée le 17/05/09 à 21:01 par GroBill (Modérateur du site)
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Le 15 avril 2009 sortait en salle Oss 117, Rio ne répond plus, dixième adaptation au cinéma des aventures de Hubert Bonisseur de la Bath, le meilleur agent secret français, crée par Jean Bruce en 1949. Si le nombre de films peut sembler impressionnant, on reste loin du record détenu par le personnage de James Bond avec ses 24 adaptations sur grand écran. Mais bon, le petit Hubert se débrouille quand même pas trop mal.
OSS 117 nous est donc revenu pour la deuxième fois sous les traits de Jean Dujardin, toujours aussi à l'aise dans son personnage et c'est à nouveau Michel Hazanavicius qui s'est chargé de la réalisation, de l'adaptation et des dialogues avec son camarade Jean-François Halin.
L'action se passe 12 ans après le film précédent, et comme le dit bien la bande-annonce, le monde a changé, mais pas Hubert. Toujours autant à côté de la plaque, ignare, prétentieux, raciste et phallocrate, l'agent secret se voit cette fois-ci confier une mission au brésil où il doit retrouver un ancien criminel de guerre nazi pour d'obscures raisons qu'il ne comprend pas vraiment lui-même. Voilà donc notre OSS qui va devoir surfer entre plusieurs services secrets étrangers, la CIA, le MOSSAD et déjouer les pièges que lui ont tendus ses ennemis.
Nous voilà donc partis avec lui vers ce brésil des années soixante, dans une aventure rocambolesque, où hippies, nazis et crocodiles vont donner du fil à retordre à notre agent secret « double un sept ».
La première aventure d'OSS 117 version Hazanavicius, avait donné en 2006 un grand coup de neuf à la comédie française. Le film parodiait avec finesse l'esprit des précédentes adaptations cinématographiques des romans de Jean Bruce et tout un pan du cinéma populaire des années soixante. Le personnage campé par Dujardin, loin d'être un homologue du flegmatique et héroïque « double zero sept » inventé par Ian Flemming, s'était avéré être un incompétent de la pire espèce, uniquement préoccupé par le trivial et incapable de mener à bien sa mission. Le côté profondément antipathique du personnage, les situations absurdes et les dialogues au cordeau du duo Hazanavicius / Halin avait fait de cette comédie une vraie pépite du genre. L'humour noir alternant avec le comique de situation et de véritables trouvailles de construction, mais l'ensemble tenant essentiellement grâce à une composition mémorable de Jean Dujardin, faisant l'équilibriste entre le cabotinage éhonté et la retenue qui sied à tout bon agent secret.
Ce nouvel opus, s'il recèle lui aussi des scènes et des dialogues hilarants, est à mon avis un peu en dessous de son prédécesseur. Alors que le premier film faisait référence au cinéma d'espionnage compliqué et un peu bavard, Rio ne répond plus joue plus la carte du film d'aventure-action. La part belle est donc donnée aux péripéties et le personnage abandonne un peu son côté inactif et incompétent dès qu'il s'agit de passer à l'action. Plus entreprenant, le nouvel OSS garde quand même une sérieuse propension à choisir de ne rien faire plutôt que de prendre le taureau par les cornes. Se fondant avec dévotion dans sa couverture de journaliste en vacances, Hubert va donc passer pas mal de temps à prendre des photos aux moments les moins appropriés, et à aller fanfaronner à la piscine plutôt que de chercher l'homme qu'il est censé retrouver. La mission en elle-même, qui n'est plus une véritable enquête comme dans le précédent film mais plutôt une course poursuite, fait que le personnage a plus de latitude pour se concentrer sur autre chose que sur sa quête. Le comique de répétition vient prendre un peu plus de place que précédemment et le film perd malheureusement un peu de sa force comique lorsque, par exemple, une scène de fusillade burlesque se répète par trois fois au cours du métrage ou que le rire inimitable de Dujardin est utilisé de façon un peu trop insistante.
Dans l'ensemble, une des choses qui m'a légèrement refroidit les mandibules, c'est que ce nouveau OSS 117, a perdu aussi une bonne partie de ce second degré qui faisait la saveur du Caire Nid d'espions. Ici, le personnage d'agent secret est pris moins au sérieux, la parodie est traitée de façon moins fine, et alors qu'il y a trois ans, Hubert Bonisseur de la Bath ne jurait que par le costume de gala et faisait rire en affichant une attitude condescendante envers les musulmans, il s'habille aujourd'hui sans sourciller en robin des bois de super-marché et enchaine les poses figées pour que chacun ait le temps de voir qu'il pose. Les gags sont de façon globale plus soulignés et plus appuyés – ce qui se ressent dans la salle avec des éclats de rires bien chronométrés et éructés avec un bel unisson – et dans l'ensemble le comique est à prendre au premier degré tant le personnage est devenu caricatural.
Dans une interview, le réalisateur a confié aux journalistes que ces différences entre les deux films pouvaient s'expliquer si l'on part du principe que le premier film était un hommage-parodie aux films d'Hitchcock et aux premiers James Bond alors que le second se veut plus proche des films des années 60 avec une esthétique plus tape à l'œil, plus colorée (l'utilisation surabondante de certains split-screen est un bon exemple de cette volonté). Malheureusement ce choix de cinéphile n'est peut-être pas évident à percevoir pour les spectateurs et l'on ressent surtout que la finesse et la sobriété du premier film a laissé place à l'ostentatoire.
Reste que la formule fonctionne encore plutôt bien et que l'on est ravi de retrouver cet humour trash propre au réalisateur du Grand détournement. Mais il ne faudrait pas qu'ils en fassent 24 épisodes non plus...
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PRÉDICTIONS "Knowing" Réalisé en 2009 par Alex Proyas.
Critique éditée le 17/05/09 à 20:41 par GroBill (Modérateur du site)
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On l'avait laissé avec I, Robot, adaptation très libre du roman éponyme d'Isaac Asimov, qui au passage n'avait pas été très bien reçue ni par la critique ni par le public, et bien Alex Proyas risque de carrément finir sous les sifflets et les hués des spectateurs avec son dernier film Prédictions.
L'histoire débute en 1959 lors de l'inauguration d'une école primaire au cours de laquelle une urne va être enterrée pour n'être ouverte que 50 ans plus tard par les écoliers de 2009. Chaque élève doit donc faire un dessin pour les générations futures.
50 ans plus tard, l'urne est déterrée et le fils d'un statisticien du MIT se voit remettre une des enveloppes dans laquelle se trouve non pas un dessin, mais une feuille recouverte d'une série de nombres apparemment aléatoire. Rapidement, son père va découvrir que ces nombres correspondent de façon exacte aux dates et aux nombre de victimes de toutes les catastrophes qui se sont produite au cours des cinquante dernières années. Malheureusement, trois de ces dates concernent des évènements à venir, que le personnage va bien sûr tenter d'empêcher.
Point de départ plutôt original pour un film catastrophe, le scénario présageait d'un vrai feu d'artifice à l'américaine, avec en lieu et place des habituelles tornades, éruptions ou tremblements de terre, des accidents tous plus spectaculaire les uns que les autres. Mais Alex Proyas n'a pas voulu faire de son film un énième blockbuster d'action et a choisit une approche plus intimiste, focalisée sur la relation entre un père et son fils. Malheureusement, les responsables marketing n'ont eu aucun scrupule à mettre dans la bande-annonce du film les principaux morceaux de bravoure et à vendre ce film comme un grand film d'action. Et si il est un peu rageant de s'être fait bêtement floué par une bande-annonce, il faut bien reconnaître que contre toute attente, Prédictions ne vaut finalement que pour les quelques minutes que l'on avaient pu voir dans les publicités.
Mélangeant allègrement science-fiction, fantastique et symbolique biblique, les scénariste se sont pris les pieds dans le tapis et nous ont finalement servi une histoire particulièrement brouillonne, qui accumule les incohérences et les raccourcis pour nous entraîner dans un voyage dont on se serait bien passé. Si certaines scènes fonctionnent assez bien grâce aux effets spéciaux, à la mise en scène parfois inspirée de Proyas ainsi qu'à certaines touches atmosphériques qui nous font retrouver par moment l'auteur de Dark City, l'ensemble ressemble surtout à un épisode géant et friqué de X-Files. Nicolas Cage a bien du mal à convaincre dans son rôle de veuf, éprouvé par la mort de sa femme, qui va trouver dans cette prédiction venue du passé une réponse définitive à la question : « L'univers est-il prédéterminée ou n'obéit-il qu'au hasard ? ». Les scènes d'émotion, même si elles sont traitées de façon un peu plus subtile que d'habitude pour un film américain, soit sans cascades de violons aux moments propices, ne parviennent pas la plupart du temps à toucher.
La trogne de Nicolas Cage, superstar au visage aussi connu que celui de la Joconde, vient nous rappeler à chaque fois qu'il apparaît dans un plan, que nous sommes face à un film et qu'il n'y a donc pas de raison de s'en faire pour lui... Le jour où les réalisateurs et les producteurs comprendront que pour que l'identification marche, il faut préférer un visage et un corps anonyme plutôt que ceux d'une personne immédiatement identifiable, le cinéma fera un grand bond en avant. Et Nicolas Cage pourra toujours remplir son assiette en jouant dans des films du genre Next ou Benjamin Gates. Mais ce temps n'est pas encore venu et pour l'instant nous allons devoir faire avec les stars...
Un autre problème de ce film est que les différentes problématiques abordées auraient méritées une approche beaucoup plus subtile que celle choisie par Proyas. Alors que les grands thèmes de la fin du monde, de la précognition ou encore de l'imprévisibilité de l'univers qui nous entoure auraient pu donner au final un film passionnant, le réalisateur choisit de les traiter avec une naïveté balourde et finit par se perdre dans une série de rebondissements à la symbolique lourde et pompeuse. La fin du film, qui confine au grand n'importe quoi, n'est d'ailleurs pas sans évoquer The Fountain de Darren Aronofski, qui lui aussi avait voulu brasser trop de thématiques sans parvenir à aboutir à quelque chose de convaincant. Mais au final The Fountain, malgré des défauts évidents, arrivait à être tout de même plus réussi et plus intéressant que ce Prédictions.
Reste ces deux scènes de catastrophe assez époustouflante, qui en quelques minutes arrivent à nous remettre en selle et à nous maintenir attentif dans l'espoir que ces purs moments de cinoche vont se reproduire. Mais comme je l'ai déjà dit, vous n'aurez droit en tout et pour tout qu'à trois séquences vraiment bluffantes d'un point de vue visuel, soit 10 minutes de spectacle hallucinant pour 110 minutes de drame peu convaincant.
Prédictions vient de façon assez claire s'inscrire dans cette vague de films récents qui utilisent l'alarmisme et le bon vieux thème de l'apocalypse comme fond de commerce. Rien que pour les trois dernières années on peut citer en vrac Blindness, Phénomènes, Le Jour où la Terre s'arrêta, Cloverfield, Je suis une légende, 28 semaines plus tard, etc... Prédictions surfe lui aussi sur cette thématique qui fait recette et vient à nouveau nous mettre en garde, nous autres impies qui sommes incapables de comprendre les signes. Certains critiques ont même vu dans ce long-métrage un film crypto-chrétien au message évangéliste à peine voilé, en particulier par le biais de certaines répliques du genre « seuls ceux qui ont vu les signes seront sauvés ».
Outre cette idéologie un peu puante, le dernier film de Proyas aurait vraiment pu être un film de science-fiction réussi si l'interprétation n'était pas aussi fade (Cage essaye sans succès d'émouvoir et Rose Byrne tombe rapidement dans une hystérie agaçante), si les clichés du genre n'était pas utilisé avec lourdeur et enfin si le twist final ne débarquait pas comme un cheveu sur la soupe, sans apporter d'explication aux questions posées tout au long du métrage : « Comment les responsables de ces prédictions ont-ils pu les émettre alors qu'à l'exception du cataclysme ultime, elles ne dépendent finalement que du hasard et de l'accident ? », « Pourquoi cette feuille a atterri entre les mains de Cage ? », « Pourquoi son fils a été choisi ? » Etc.
En bref, un film raté dans les grandes largeurs, ce qui est bien dommage car en modifiant légèrement certains éléments de son histoire, en supprimant le plan final, en accentuant encore plus le fatalisme général et en confiant le rôle principal à un inconnu, Alex Proyas aurait pu donner naissance à un film bien plus recommandable.
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PONYO SUR LA FALAISE "Gake no ue no Ponyo" Réalisé en 2009 par Hayao Miyazaki.
Critique éditée le 19/04/09 à 03:07 par matthieu amat (Membre du site)
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Avec Ponyo sur la falaise, Miyazaki va vers l'épure. L'histoire, le dessin, le propos, tout converge vers une claire lisibilité, vers la simplicité. A quatre ans sans doute, on peut aimer Ponyo – mais à mille ans aussi. C'est que sa simplicité n'est pas superficialité mais pureté. Ponyo, c'est l'élémentaire: le feu et l'eau, l'homme et la femme – le bien et le mal? Presque, mais plutôt le Bien et les maux. Il n'a pas de principe de mal dans Ponyo, seulement des erreurs, des errances qui font manquer le bien; et le « méchant » n'est qu'un égaré. Ce bien, c'est l'amour. L'idée, quoique rabattue, reste sublime à qui sait la penser, et Ponyo nous y aide. Le film ne s'interprète pas mais s'impose au coeur comme s'impose son amour à celui qui aime pour la première fois. Il n'y a pas de « niveaux de lecture », qui permettraient aux enfants et aux adultes de comprendre et de trouver de l'intérêt, il n'y a pas différents « messages ». Il n'y a qu'une évidence à laquelle il suffit d'être sensible, c'est que l'amour seul sauve les hommes, chose peut être plus facile à comprendre aux enfants qu'aux adultes et aux femmes qu'aux hommes.
Les femmes... Comme de coutume elles apparaissent souveraines à côté de l'agitation sans finalité des pauvres mâles, et il n'y a guère que les petits garçons pour trouver grâce aux yeux de Miyazaki. La sublimité de l'élément féminin ne va cependant pas jusqu'à abolir l'élément masculin, car ce serait abolir l'humanité qui est feu et technique. Or, l'opposition homme/femme, déclinée en feu et eau, technique et nature a vocation à être surmontée. Les opposés ne le sont pas suffisamment pour interdire toute conciliation. Ainsi, Sosuke et Ponyo connaissent dès leur première rencontre l'amour et non la rivalité: « Ponyo aime Sosuke », n'est-ce pas la première phrase prononcée par Ponyo? Et sa réelle naissance, ne se fait-elle, comme celle d'Eve, de la chair de celui qu'elle aimera? Pour cette raison, on ne saurait réduire Ponyo sur la falaise à une fable écologique, à une critique du monde technique moderne, l'opposition monde naturel / monde technique n'étant pas la tension décisive, qui se fait plutôt entre l'essentiel et le superficiel, l'amour et toutes les formes de son absence. Ces tensions ne renvoient pas à d'éternelles luttes entre principes mais à l'abîme – pourtant franchissable – qu'il y a entre vivre dans la vérité et vivre dans l'erreur, vivre dans l'amour ou vivre dans l'errance et le divertissement. Les tensions horizontales entre principes (eau/feu, femme/homme, nature/technique-culture) pourront toutes être surmontées par l'amour, élévation verticale du manque d'être à la plénitude d'être.
Au travers et au-delà de l'influence de La petite Sirène d'Andersen, on retrouve ainsi dans Ponyo des aspects du romantisme allemand qui, de Schelling à Wagner, pensait le christianisme (l'amour) comme réconciliation des opposés et dépassement du paganisme. Ce n'est pas européaniser Ponyo que de dire cela, au vu de l'abondance des signes renvoyant à cette tradition: du prénom donné à Ponyo par son père: Brünehilde, à la musique qui ne fait pas mystère de son dû à Wagner.
La stérilité de l'opposition frontale entre une technique (qui serait mauvaise par essence) et la nature est manifeste au vu de la magnifique séquence des signaux lumineux échangés entre le fils et son père, la femme et son mari. Tout est question d'usage, de sens, de finalité. Ainsi, si le vent et les vagues peuvent balayer les structures humaines, ce qui nous est proposé n'est pas un retour à la nature, mais une culture revivifiée par l'amour. Aussi, dans le nouveau monde qui s'ouvre, purifié par le déluge, les amoureux ne sont pas dépossédés du feu qui fait se mouvoir leur petite embarcation.
On peut regretter les quelques concessions faites à l'établissement d'un scénario « cohérent », qui nous font par exemple apprendre dans une séquence très didactique qu'il y a des élixirs très dangereux dans le navire du père de Ponyo, qu'ils ne doivent pas être au contact de l'eau, etc. Certes, il fallait articuler quelques éléments scénaristiques pour faire avancer le film, mais nous nous fichons de certains détails de l'histoire comme Miyazaki lui-même, qui nous la présente rapidement et avec un peu de maladresse. Autre point de détail tout à fait étonnant – mais peut-être est-ce dû à la traduction –, les usages ponctuels de termes issus d'un lexique scientifique factuel comme « l'ADN » ou le « dévonien », usages déplacés et même de mauvais goût dans une oeuvre dont le ton et la norme de vérité est celle du conte.
Ce point mis entre parenthèse, Ponyo sur la falaise va toujours à l'essentiel, trop évidemment peut-être pour que tous le sentent – car c'est un conte pour enfant: une eau limpide dont on ne voit pas le fond.
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LES 3 ROYAUMES "Chi bi" Réalisé en 2008 par John Woo.
Critique éditée le 02/04/09 à 13:12 par GroBill (Modérateur du site)
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Les 3 Royaumes est le nouveau film de John Woo, qui s'est récemment rapatrié dans son pays natal après de trop nombreuses années passées à vendre son talent aux studios américains. En effet, depuis A toute épreuve réalisé à Hong-Kong en 1992, le cinéaste n'avait plus réalisé un seul film dans sa contrée natale. Et c'est pourtant durant sa période hongkongaise que le réalisateur a signé ses films les plus marquants. Le Syndicat du crime en 1986, The Killer en 1989 ou encore Une Balle dans la Tête en 1990 qui marquera d'ailleurs la première collaboration entre le réalisateur et le comédien Tony Leung Chiu-Wai que nous retrouvons aujourd'hui dans ce nouveau film.
Pour son retour au pays, John Woo a voulu redonner vie sur écran à l'une des batailles les plus célèbres de l'histoire chinoise, la Bataille de la Falaise Rouge qui s'est déroulée en 208 et qui marquera le début de ce que l'on a appelé la période des Trois Royaumes. A l'époque où se déroule le film, la chine est divisée en plusieurs petits royaumes qui périodiquement s'affrontent ou s'allient dans une volonté de conquête infinie. La Bataille de la Falaise Rouge opposa les armées de Cao Cao, le premier ministre auto-proclamé de l'empereur, aux armées de Liu Bei et de Sun Quan, deux seigneurs qui s'allièrent provisoirement pour répondre à la menace. Les autres personnages importants de cette bataille sont d'une part Zhou Yu, le général en chef de Sun Quan (interprété par Tony Leung) et d'autre part Zhuge Liang (campé par Takeshi Kaneshiro), un célèbre stratège au service de Liu Bei. Les forces en présence étant très disproportionnées, on rapporte que Cao Cao aurait eu entre quatre et dix fois plus de soldats que ses ennemis, c'est la stratégie et la ruse qui furent les armes principales de cette bataille.
En s'attaquant à cette énorme reconstitution historique, John Woo n'a pas vraiment fait dans la demie mesure et s'est offert le plus gros budget de toute l'histoire du cinéma chinois. 80 millions de dollars, plusieurs mois de constructions pour réaliser certains décors, huit mois et demi de tournage, un millier de soldats gentiment prêtés par le gouvernement chinois pour servir de figurants, bref une production monstrueuse qui n'économise pas sur le spectaculaire. Film de guerre avant tout, Les 3 Royaumes se veut surtout une démonstration de force de la part du cinéma chinois, qui aujourd'hui annonce haut et fort qu'il est lui aussi capable de produire des films épique d'une ampleur jusqu'alors réservé au cinéma américain. Si l'on pense souvent à certains films récents comme Alexandre d'Oliver Stone, à Troie de Wolfgang Petersen ou même à 300 de Zack Snyder, c'est surtout la trilogie de Peter Jackson qui nous revient en mémoire devant ce récit qui mêle réalité historique et mythe et qui, s'il donne malgré tout la part belle à l'action, arrive tout de même à ménager certains moment de poésie et de calme au milieu de la tempête.
La réussite principale de ce film, c'est d'être arrivé à mélanger de façon assez habile les différentes tonalités que l'histoire exigeait, entre scènes de combats particulièrement lisibles et spectaculaires qui se démarquent du Wu Xia Pian traditionnel, avec ses chinois volants et ses combats à la cimes des bambous, pour tendre vers un plus grand réalisme, et d'autres scènes consacrés à la caractérisation des personnages, avec entre autres ces scènes ou le fracas des armes laisse la place aux cordes plaintives et aux accords torturés des cithares avec lesquelles les deux stratèges alliés vont apprendre à se connaître et à se respecter.
Au niveau de l'image, il n'y a pas grand chose à redire, la mise en scène de John Woo donne ce qu'il faut d'ampleur aux décors et aux mouvements de foule, les effets spéciaux livrés par The Orphanage, le studio californien déjà responsable des effets visuels de The Host de Bong Joon-Ho ou des deux films Grindhouse de Rodriguez et Tarantino, sont eux aussi tout à fait crédibles, même si certains effets de flammes lors du grand incendie final ont pu en choquer certains. Pour ma part je n'aurais qu'une petite réserve à propos de certains des matte paintings, ces peintures sur verre qui servent de décors pour des scènes réalisé en incrustation. J'ai par exemple regretté l'aspect de certains plans un peu trop "fantasy", avec une nature aux couleurs saturés et miroitantes. Le dernier plan du film en est bon exemple mais dans l'ensemble, cela reste peu gênant vu la dimension fantaisiste et fictionelle que recèlent les événements racontés que l'on connait surtout grâce à la littérature.
J'aimerai juste apporter un autre petit bémol à propos de la musique. Alors que certaines scènes utilisent habilement la musique intra-diégétique (celle qui est produite par des personnages dans la fiction elle-même), les différentes partitions extra-diégétiques appartiennent, elles, au tout venant et l'on retrouve dans ces séquences un certain soucis de didactisme émotionnel et cette volonté très américaine de souligner chaque émotion mise en scène sur l'écran par la musique. Dans l'ensemble, il est assez facile de ressentir l'influence américaine dans le travail de John Woo, non pas que cela saute particulièrement aux yeux, mais plus simplement dans cette impression que l'on a par moment de contempler un film que l'on a déjà vu. Le genre choisi et le traitement utilisé pour l'illustrer montrent de façon assez net que si John Woo fut l'un de ces réalisateurs à avoir exporté le style hongkongais aux Etats-Unis, le transfert s'est opéré dans les deux sens et qu'aujourd'hui c'est une forme de classicisme hollywoodien qui va contaminer la mise en scène de John Woo. Malgré tout Les 3 Royaumes reste un film assez peu teinté du maniérisme qui était la marque de fabrique des films d'actions précédents du réalisateur. Si l'on retrouve à certains moment les ralentis chers au metteur en scène ainsi que son intérêt pour les oiseaux, ils s'intègrent de façon plutôt habile à la narration et font montre d'une finesse absente de films comme Paycheck ou Mission Impossible 2.
Une belle réussite pour John Woo après ses récents ratages, qui doit également beaucoup aux comédiens, tous excellents, Tony Leung et Takeshi Keneshiro en tête. Finalement le seul problème c'est que ce film reste comme je l'ai dit un film de genre, un film guerrier qui risque de ne pas plaire à tout le monde et en particulier à ceux qui ne sont pas fanatiques des combats.
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L'ENQUÊTE "The International" Réalisé en 2009 par Tom Tykwer.
Critique éditée le 18/03/09 à 18:18 par GroBill (Modérateur du site)
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Après Largo Winch sorti fin 2008, le cinéma continue, en cette période de crise économique mondiale, à questionner à sa façon le capitalisme, les multinationales surpuissantes et les méandres souvent douteux des grandes magouilles financières internationales. Cette fois-ci c'est Tom Tykwer qui s'y colle et qui nous propose un nouveau thriller dans le monde de la haute finance avec The International (L'Enquête en français).
Ce film raconte la traque que vont mener un agent d'Interpol interprété par Clive Owen et une procureur campé par Naomi Watts pour tenter de révéler les exactions commises par une gigantesque multinationale bancaire. En s'inspirant vaguement d'un authentique scandale qui a éclaté en 1991, l'Enquête nous entraîne dans un véritable labyrinthe qui mêle politique, finance, espionnage, trafic d'arme, assassinat et conflits maffieux.
Le film s'ouvre à Berlin, devant la toute nouvelle Gare Centrale qui apparaît pour la première fois au cinéma. Nous découvrons au cours de cette scène particulièrement réussie le personnage de Louis Salinger, ancien détective de Scotland Yard et Agent d'Interpol qui va être témoin d'une première manifestation de la toute puissance de cette Banque à laquelle il s'attaque. Par une sorte d'intervention diabolique, l'un de ses collègues va s'écrouler sous ses yeux, terrassé par une crise cardiaque, et en voulant lui porter secours, Sallinger va lui-même être assommé par un véhicule qui disparaît aussi rapidement qu'il est apparu. Cette première séquence illustre de façon assez claire la situation inextricable dans laquelle sont plongés les personnages. En s'attaquant à un ennemi dangereux et invisible, les enquêteurs n'ont d'autres choix que d'abandonner s'ils ne veulent être écrasés par la marche irrésistible de la Banque Internationale de Commerce et de Crédit.
Dans ce rôle d'homme meurtri par sa recherche inépuisable de la vérité et des preuves nécessaires pour la rendre publique, Clive Owen s'avère comme toujours très convaincant, même si son interprétation fait parfois penser au personnage qu'il jouait dans Children Of Men d'Alfonso Cuaron, un film dans lequel il était déjà confronté à une sorte de gigantesque ennemi protéiforme et meurtrier. Louis Sallinger est donc une fourmi qui s'attaque à un éléphant, et même si sa présence vient parfois démanger les dirigeants de la banque, sa croisade s'avère malheureusement vouée à l'échec dès le départ.
The International distille dans sa première partie un scénario bien construit mais malheureusement un peu prévisible qui se laisse suivre agréablement. Le réalisateur alterne les scènes explicatives avec des séquences où la tension se fait plus forte, mais sans jamais tomber dans l'action pure du genre James Bond ou Jason Bourne. En cherchant à découvrir l'identité du tueur que la banque a engagé pour abattre un politicien italien, les personnages vont être baladés de l'Allemagne à la France, en passant par L'Italie et finalement New York. De scènes de crimes en bureau aseptisés, Sallinger et Eleanor Whitman (le personnage de Naomi Watts) vont devoir affronter la corruption, la manipulation et l'hostilité de leurs supérieurs pour parvenir à leurs fins. Cette partie du film, proche du film policier pur s'avère être la plus intéressante. Elle culmine dans une spectaculaire fusillade au cœur du musée Gugenheim à New York dans laquelle, Sallinger va devoir affronter toute une armada de tueurs sur-armés bien décidé à lui faire la peau. Malheureusement, une fois passé ce feu d'artifice visuel et sonore, le film s'embourbe un peu dans un dénouement qui dure et qui vient plomber la fin du récit. Confronté à son impuissance, Sallinger va d'un seul coup troquer ses oripeaux d'enquêteur pour ceux de justicier, et va tenter par tous les moyens qui lui restent et au mépris de la loi de régler un fois pour toute son compte à la banque.
Si le film aborde des sujets intéressants en particulier celui du pouvoir par la dette et du financement des conflits armés, l'ensemble reste quand même assez léger et sert surtout de prétexte pour développer les personnages. Car L'enquête est avant tout un film d'acteur, Clive Owen est de tous les plans, incarnant son personnage avec une force qui parvient à nous faire oublier son visage pourtant bien connu et à donner vie à cet homme épuisé, lessivé par sa bataille contre les moulins à vents de la haute finance internationale. Dans le rôle de Sancho Panza, Naomi Watts arrive, malgré un rôle très effacé, à apporter ce qu'il faut de crédibilité et de justesse à son personnage pour dépasser le simple statut de faire valoir féminin. Perdus dans cette quête de vérité et de justice, les personnages se révèlent totalement écrasés par la puissance et les influences tentaculaires de cette organisation intouchable et le spectateur souffre avec eux. Armin Mueller-Stahl, dans un rôle qui lui va comme un gant de vieux briscard indéboulonnable mais épuisé par une vie dédié au pouvoir réussit lui aussi à renouveler un personnage que l'on croyait bien connaître depuis The Game ou plus récemment Les Promesses de l'Ombre de David Cronenberg.
Un des points intéressant du film, c'est le travail effectué sur le choix des décors et sur l'architecture qui nous est dévoilé à l'écran. Les lieux que parcourent les personnages vont évoluer tout au long de l'histoire. Plus le film avance et plus les décors changent, passant des immenses bâtiments modernes de verre et d'acier dans lesquels les personnages vont faire leurs premiers pas, jusqu'à la fin du film, qui se déroule à Istanbul en Turquie, une ville antique marquée autant par les architectures byzantines qu'ottomane. En passant ainsi d'un monde ultramoderne à un monde ancien, le réalisateur assimile la quête de ses personnages à une exploration souterraine, où plus l'on creuse et plus l'on rencontre des strates rocheuses anciennes et dissimulées.
Finalement, L'enquête reste un bon divertissement même s'il possède du fait de son scénario, un petit côté épisode géant de New York police judiciaire. Malgré cela, Tom Tykwer s'avère être encore une fois un excellent créateur d'image, la photographie, les cadres et les décors donnant au film une esthétique très léchée mais jamais artificielle. Les comédiens sont excellents. Finalement le seul problème est que cette histoire de grande méchante banque n'est pas particulièrement palpitante. Le récit s'étire en longueur et n'entretient le suspense que de façon sporadique. On en viendrait presque à regretter l'action et l'hystérie visuelle du premier Jason Bourne.
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LA VAGUE "Die Welle" Réalisé en 2008 par Dennis Gansel.
Critique éditée le 18/03/09 à 17:47 par GroBill (Modérateur du site)
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La Vague de Dennis Gansel s'intéresse à une expérience mené en 1967 dans un lycée de Californie par un professeur d'histoire qui a tenté de faire comprendre à ses élèves comment le peuple Allemand a pu, pendant la seconde guerre mondiale, laisser les choses aller aussi loin sans s'élever contre le régime d'Hitler. Pour essayer de faire saisir aux lycéens la facilité avec laquelle une masse peut se plier à une dictature, le professeur Ron Jones a mis en place un exercice pratique en inventant un mouvement totalitaire fictif qu'il intitula « La Troisième Vague ». Pendant une semaine, Ron Jones imposa à ses élèves une discipline rigide, cassant toute velléité d'individualisme, leur apprenant à répondre aux questions en se levant et en s'exprimant de façon simple et précise, à rentre et sortir de la classe dans l'ordre et le calme, puis il leur enseignant un salut, qui identifiait les membres de la Vague. Rapidement, l'expérience dépassa les attentes du professeur et plusieurs élèves se prêtèrent au jeu de façon un peu trop enthousiaste, recrutant d'autres membres, pratiquant la délation et intimidant ceux qui n'appartenaient pas au mouvement. Ron Jones poussera la manipulation jusqu'à faire croire à ses étudiants qu'il ne s'agissait en fait pas d'un exercice, mais bien d'un projet réel et les invitera à assister au premier discours télévisé du leader national de « La Troisième Vague ». Le dernier jour, devant environ 200 étudiants, Ron Jones met fin à la mystification en projetant un film sur le procès de Nuremberg en lieu et place du discours annoncé.
Cette expérience a déclenché une importante polémique au moment des faits, même si les conditions réelles et le déroulement de cet exercice sont difficilement vérifiables à cause de l'absence de sources solides. En 1981, un téléfilm produit par Norman Lear a retracé de façon romancée cette exercice. La même année, Todd Strasser, tira de cette expérience un roman qui s'appuyait non pas sur les quelques sources existantes mais sur le téléfilm. C'est ce roman que Dennis Gansel adapte aujourd'hui pour le cinéma, l'histoire n'ayant donc plus grand chose à voir avec la réalité des faits. Mais malgré cette vision déformée par le prisme de l'art, l'expérience de « La Troisième Vague » portée sur grand écran reste malgré tout suffisamment édifiante.
Dans le film, les évènements ont été transposés en Allemagne, de nos jours et les scénaristes se sont amusés à inventer autour de ce fait réel, toutes une galerie de personnages qui vont vivre l'expérience de façon particulière. Le film de Gansel ne se veut bien évidemment pas une reconstitution exacte de ce qu'il s'est passé en 1967, même si le déroulement globale de l'exercice inventé par Ron Jones est conservé. Nous suivons donc pendant une semaine toute une galerie de personnage, qui vont petit à petit se laisser prendre au jeu et perdre pied.
En regardant La Vague, on pense rapidement à L'Expérience, réalisé par Oliver Hirschbiegel en 2001, un autre film allemand, qui lui s'intéresse à une autre expérience de psychologie menée par Philip Zimbardo en 1971 appelée communément « L'expérience de Stanford ». Dans ce film comme dans l'expérience proprement dite, une vingtaine de personnes sont recruté pour participer à une simulation de milieu carcéral et séparées en deux groupes : gardiens et prisonniers, dans le but de comprendre les mécanismes qui font éclater les conflits dans les prisons. Comme avec « La Troisième Vague », les évènements dégénèrent rapidement, certains faux gardiens devenant de plus en plus sadiques sous couvert de faire régner l'ordre et de punir les prisonniers récalcitrants. L'expérience fut d'ailleurs arrêtée plus tôt que prévu en raisons des évidents traumatismes émotionnels qu'elle provoquait chez les participants.
Le rapprochement entre ces deux films est intéressant pour plusieurs raisons. L'un comme l'autre il s'inspirent d'une expérience réelle, en la traitant de façon romancé. Les conclusions que l'on peut en tirer sont ressemblantes et parlent de soumission à l'autorité, de psychologie de masse et de tyrannie quotidienne. Mais ce qui est le plus important peut-être c'est qu'il s'agit de deux films allemand, alors que les deux expériences ont été réalisées aux Etats-Unis. Bien sûr, l'histoire contemporaine de l'Allemagne justifie à elle seule ces sujets et les références au Troisième Reich sont d'ailleurs évidentes, en particulier dans La Vague.
Mais de ces deux films, c'est L'Expérience qui s'avère le plus réussi, le plus radical et qui marque le plus profondément. La Vague reste un film intéressant, mais le parti pris de Dennis Gansel de tirer son long-métrage vers le "teen movie" ou le drame psychologique vient un peu perturber son message. Le film perd en finesse, devient un peu caricatural et le traitement se veut lourd de sens en adoptant un regard critique explicite et pédagogique sur les événements. Là où Hirschbiegel nous plongeait dans l'horreur de façon brute et dérangeante, le réalisateur de La Vague se veut le plus explicatif possible, et justifie un peu trop les dérapages de l'expérience par une caractérisation psychologie des personnages qui tombe rapidement dans le cliché. Si le sujet reste habilement traité, le film de Gansel manque une peu de finesse et avance comme un rouleau compresseur vers un fin qui ne réserve finalement que peu de surprise.
La Vague[/î] se regarde quand même avec intérêt, malgré cette lourdeur du message que le réalisateur aurait sans doute pu éviter en adoptant un style de narration et de mise en scène plus radical.
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WATCHMEN - LES GARDIENS "Watchmen" Réalisé en 2008 par Zack Snyder.
Critique éditée le 18/03/09 à 12:16 par GroBill (Modérateur du site)
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Toutes les adaptations cinématographiques de roman ou de bande dessinées sont plus ou moins attendues de la même façon par le public. D'un côté le spectateur éprouve l'envie de découvrir sur grand écran, en images mouvantes, réalistes, des histoires qu'il s'est imaginé dans un recoin de son esprit au moment de la lecture ; et d'un autre côté, il est tenaillé par le doute et l'appréhension de voir quelque chose de différent de ce à quoi il s'attendait, quelque chose de limité, de raté, voire d'assister à une trahison ou une dénaturation de l'œuvre originale. Watchmen n'échappe pas à la règle, sauf que pour beaucoup c'était l'appréhension qui l'emportait avant sa sortie et qu'après vision, c'est un mélange de déception et de fatalisme qui persiste.
Dire, comme je viens de le faire, que Watchmen de Zack Snyder est décevant, est presque une lapalissade tant il semble évident que le réalisateur ne pouvait pas correctement porter à l'écran ce grand classique de la bande dessinée en 2h45 de film. En s'attaquant à ce projet, le réalisateur de L'armée des morts et de 300 a plongé tête baissé dans un bourbier de problèmes. Car Watchmen a depuis toujours été considérée comme inadaptable, une véritable arlésienne du cinéma devant laquelle d'autres réalisateurs avant lui avaient déjà déposé les armes : Paul Greengrass, Darren Aronofsky ou encore Terry Gilliam (pourtant bien rodé aux projets compliqués et réputés infilmables). Il ne faut donc pas chercher à pointer chaque coupe franche faite dans le scénario de la bande dessinée, ni à critiquer les modifications inévitables que l'histoire a subie, ni encore à comparer un graphisme en 2 dimensions avec sa transposition au cinéma. Il est plus intéressant de s'intéresser de façon globale à la démarche de Snyder et porter un regard général sur les qualités et les défauts de cette œuvre.
Pour commencer, je tiens juste à préciser qu'avant de voir ce film, je connaissais de façon assez précise la bande dessinée pour l'avoir lu de nombreuses fois. (Eh oui, je lis encore des "petits mickeys" à mon âge...) Mon regard sur le film a donc été un peu parasité par ma connaissance préalable des personnages et des péripéties. Si je n'avais rien connu du récit ou du graphisme avant d'entrer dans la salle, ma réception aurait sans doute été différente.
The Watchmen est une série mensuelle initiée en 1985 par Alan Moore (au scénario) et Dave Gibbons (au dessin) pour la maison d'édition DC Comics, propriétaire entre autre des personnages de Superman et Batman. Les auteurs ont élaboré en douze chapitres une histoire de super-héros comme le monde de la bande dessinée n'en avait encore jamais vu. L'une des particularité du monde des Watchmen, est qu'il se construit autour d'une uchronie, soit un univers semblable au notre si ce n'est que certains évènements historiques fondamentaux ne se sont pas déroulés de la même manière que dans la réalité. (Pour citer un célèbre exemple d'uchronie vous pouvez lire Le Maître du Haut château, du romancier américain Philip K. Dick, qui met en scène un monde semblable au notre mais dans lequel ce sont les forces de l'Axe qui ont gagné la seconde guerre mondiale.)
Nous sommes donc en 1985 et la guerre froide bat son plein. Les Etats-unis ont remporté la guerre du Vietnam et Nixon est toujours président des USA, entamant son cinquième mandat après avoir modifié la constitution américaine qui ne permet normalement aux présidents américains que deux mandats. Dans cette version de 1985, les États-Unis ont vus apparaître quelques années auparavant plusieurs justiciers costumés qui ont décidé de combattre le crime en dehors du cadre de la loi et de faire régner la justice coûte que coûte. Mais les agissements de ces personnes, bien souvent marginales et aux méthodes peu orthodoxes ont très vite déclenché de violentes réactions de la part de l'opinion publique. Une loi fut alors promulgué pour mettre fin au règne de ces super-héros masqués, les poussant à choisir entre la retraite forcée ou la clandestinité et l'illégalité.
À l'époque où débute le récit, la plupart des anciens « masques » ont disparus dans l'anonymat à part quelques uns. Deux d'entre eux travaillent pour le gouvernement, un autre a révélé son identité au grand public et exploite son ancien avatar pour vendre des jouets et du parfum. Reste un irréductible, Rorsharch, qui n'a jamais voulu raccrocher, un personnage ultra-rigide à la morale douteuse, un extrémiste que sa confrontation avec le crime a traumatisé et qui continue à faire régner la terreur parmi la pègre. Dans un contexte tendu entre les Etats-Unis et l'Union Sovietique, où la guerre nucléaire menace chaque jour un peu plus d'exploser, Rorsharch va mettre à jour un terrible complot qui s'amorce avec la mort du Comédien, un des anciens héros costumés.
Résumer le chef-d'œuvre d'Alan Moore et de Dave Gibbons en quelque phrases est évidemment voué à l'échec tant la bande dessinée est riche, que ce soit d'un point de vue scénaristique que graphique et la seule façon d'envisager toute la profondeur de cette œuvre est de la lire plusieurs fois.
Alors en décidant de transposer au cinéma une telle somme (environ 400 pages), une œuvre qui a reçu en 1986 le prestigieux prix Hugo (qui récompense la meilleure œuvre de science-fiction), une œuvre classé par le New York Times parmi les cent meilleurs romans de langue anglaise, Zack Snyder s'est attaqué à un gros morceau. Heureusement que le réalisateur avait déjà tâté de l'adaptation de bande dessinée au cinéma en 2007 en transposant à l'écran 300 de Frank Miller, un film qui fut un succès public et qui joua donc en faveur du réalisateur. D'autres blockbusters à succès comme V pour Vendetta, Sin City ou encore le récent Dark Knight ont par ailleurs prouvés au public et à la critique qu'il était possible aujourd'hui d'aborder la bande dessinée au cinéma de façon plus adulte que par le passé.
La bande dessinée comme le cinéma possède déjà plusieurs des éléments formels nécessaires au cinéma : scénario, découpage, iconographie, costumes, etc... Il ne reste plus, pour les cinéastes qu'à reproduire le plus fidèlement possible ce qui a fait le succès de l'œuvre dont ils s'inspirent. En cela, on ne pourra pas reprocher grand chose à Zack Snyder, vue la bonne volonté dont il fait preuve pour ne pas trahir le travail de Dave Gibbons. Les seuls petits défauts de goûts sont à chercher du côté de certains costumes, en particulier celui du personnage d'Ozymandias, ou encore du halo bleu qui entoure en permanence le Dr Manhattan et de certains décors en images de synthèses qui auraient pu être un peu plus travaillés. La séquence sur Mars en particulier souffre de ces approximations et perd la force poétique et philosophique qu'elle dégageait dans la bande dessinée. Mais dans l'ensemble, Snyder assume pleinement son parti pris de mélanger réalisme et kitsh dans une esthétique qui se veut avant tout pleine de déférence envers les dessins de Gibbons, au risque d'être par moment sur le fil du rasoir et de provoquer le rire lorsque les situations ne s'y prêtent pas ou de mettre en péril la cohérence esthétique globale de son film. Restent quelques séquences particulièrement réussie comme le générique qui ouvre le film et qui condense à lui seul de nombreux éléments du récit.
Pour ce qui est de l'histoire, les scénaristes ont bien évidemment dû tailler dans la masse et ne conserver que les éléments essentiels. Alors que sur 300, le travail avait consisté à dilater le récit original, ici il a fallut condenser cette fresque pour qu'elle devienne cohérente à l'écran. On peut ressentir devant Watchmen le même sentiment d'urgence et de superficialité que l'on peux éprouver devant les films Harry Potter, des adaptations dans lesquelles on sent fortement que quelque chose manque, que le temps a fait défaut pour explorer de façon correcte les univers abordés. Sur Watchmen la simplification se fait surtout sentir au niveau de la caractérisation des personnages et de certaines péripéties qui ont perdu de leur puissance. Mais heureusement, le casting que le réalisateur a choisit, parvient la plupart du temps à sauver les meubles et faire oublier que les personnages sont tracés à grands traits.
Alors il ne faut pas s'attendre à assister à un divertissement formaté comme sait si bien en produire à la chaine Hollywood. Les scènes d'action pures sont rares et sont surtout là pour garantir au studio le minimum syndical afin d'obtenir un budget conséquent. Mais malgré cela Watchmen est un film violent, gore par moment, chargé de connotation sexuelles explicites ou dissimulées, les personnage ambiguë crées par Alan Moore, ainsi que son message, même s'il n'est pas aussi percutant que dans la bande dessinée, conservent une petite partie de leur force subversive.
Enfin, une autre qualité que l'on peut reconnaître à Snyder et à ces scénaristes, c'est d'être arrivé à transposer les préoccupations formelles de Moore et Gibbons à propos de la bande dessinée et de les avoir transformées en interrogations sur le cinéma. Par exemple, les auteurs avaient introduit une mise en abîme dans leur œuvre en faisant lire à un des personnages une bd que le lecteur découvrait au fur et à mesure du récit. Un autre exemple : les planches qui constituent le chapitre cinq respectent une symétrie centrale qui transforme ce chapitre en palindrome visuel, qui est censé rappeler la symétrie des tests de Rorsharch. De tels procédés ne pouvaient bien sûr pas être adapté de façon fidèle à l'écran, Snyder les a donc remplacés par d'autres clins d'œil formels, propres au média sur lequel il travaille. Le film est ainsi bourré de citations de films, dont les plus évidentes sont celles faites au Docteur Folamour de Kubrick et à Apocalypse Now de Coppola.
Au final, Watchmen le film, est une adaptation aussi fidèle que possible du roman graphique et c'est ce qui le perd à mon avis. Zack Snyder n'apporte pas grand chose de plus que ce que le lecteur pouvait découvrir dans la bd. Si l'ensemble se laisse bien regarder, on regrette que la richesse du matériau original ait contrait le cinéaste à faire de l'adaptation de cette bande dessinée culte un film bavard et qui manque un peu de profondeur.
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GRAN TORINO Réalisé en 2009 par Clint Eastwood.
Critique éditée le 18/03/09 à 11:41 par GroBill (Modérateur du site)
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Avec 78 ballets au compteur, Clint Eastwood a toujours une classe énorme. Alors que la plupart des comédiens et des réalisateurs de sa génération n'arrivent plus à travailler (où mangent les pissenlits par la racine), ce vieux fils de pute de Clint est toujours aussi prolifique. Avec environ un film par an depuis trente ans, le réalisateur de Mystic River et du diptyque Mémoires de nos pères, Lettres d'Iwo Jima, tient une forme exemplaire et nous offre avec son dernier né un film attachant et drôle, sorte de bilan de compétence, hommage autobiographique d'un homme qui hante les écrans depuis bien longtemps et qui n'est pas prêt de nous foutre la paix.
Gran Torino se construit autour d'une histoire classique de rédemption, dans laquelle un vieil homme aigri, blasé et atterré par la mort de sa femme, va petit à petit abandonner les œillères auxquelles il s'est habitué depuis trop longtemps. Personnage oublié dans un recoin de la banlieue américaine où les bons natifs ont laissés place aux envahisseurs étrangers, asiatiques, afro-américains et porto-ricains, Walter Kowalsky s'est enfermé depuis longtemps dans sa petite routine, dans son armure de xénophobie facile et de rudesse très « middlewest ». Vieux cowboy qui n'arrive pas à raccrocher le ceinturon au clou, Clint Eastwood campe dans son dernier film une sorte d'allégorie de la vieille Amérique, un homme qui se plaît dans l'amitié virile où les sentiments ne peuvent être exprimés qu'avec des injures, où la peur de l'étranger fait que l'on a toujours à portée de main une arme à feu, histoire de faire déguerpir les basanés ou les bridés de sa pelouse amoureusement entretenue, un monde où la plus grande richesse n'est pas la famille que l'on ne choisit qu'à moitié, mais la voiture et le foyer que l'on a acquis à force de sueur, de résignation et de privation. Le vieux Kowalsky n'aime personne et il ne se prive pas pour le montrer, traitant ses voisins avec le mépris qui sied au raciste vieillissant et ne trouvant de réconfort que dans la solitude de l'alcool et l'enfermement dans un monde déjà mort.
Mais, je m'en voudrais de donner une mauvaise idée du dernier film de ce géant du cinéma qu'est Eastwood, car jusqu'à présent on pourrait penser que cette histoire sent bon la naphtaline et que la mélancolie le dispute à l'aigreur. Il n'en est rien. Gran Torino est par certains côtés une comédie parodique fondée sur une auto-dérision subtile et par d'autres côtés un drame lucide sur la vieillesse, l'enfermement, la transmission et l'aspect périssable de toute œuvre humaine, en particulier le cinéma.
En choisissant d'interpréter lui-même le personnage de Kowalsky, plutôt que de confier le rôle à un autre comédien, Eastwood nous prouve une fois de plus qu'il est un grand acteur, capable de faire rire, comme d'émouvoir. Et ce choix d'être à la fois derrière et devant la caméra apporte en plus au film une dimension particulière que les spectateurs apprécieront. Car si Eastwood incarne Kowalsky avec brio, il se met également en scène en tant que comédien et personnage incontournable de la cinématographie américaine et mondiale. On voit renaître à l'écran aussi bien le cowboy silencieux et ironique des films de Sergio Leone, que l'inspecteur Harry Callahan de la belle époque, toujours aussi radical et efficace lorsqu'il s'agit de botter le cul des voyous qui ont la mauvaise idée de se mettre sur son chemin.
Ici, la vieille Amérique, conservatrice et rugueuse s'oppose au traditions asiatiques et à la fraicheur de la jeune génération qui, quand elle ne choisit pas de se tourner vers la délinquance et la violence stupide, s'avère riche et à même de faire fléchir dans ses convictions le plus borné et le plus bourru des vieillards. Eastwood nous fait rire en mettant face à face son personnage avec ses voisins et en nous offrant un festival de grimaces et de grognements que l'on n'aurait jamais pensé voir naître sur ce visage buriné. Les dialogues injurieux, qui sont particulièrement savoureux, et la fureur rentrée de Kowalsky lorsqu'il est confronté aux mœurs d'aujourd'hui, sont tout au long du film des sources d'éclats de rires bienvenus.
Mais en s'attaquant lui-même à un rôle difficile auquel il n'épargne ni le ridicule ni l'antipathie du public, Eastwood arrive en plus à transcender le schéma classique des films sur le choc entre deux cultures que tout oppose. Les clichés que l'on pourrait attendre d'une telle histoire sont sans arrêt désamorcés par le traitement que choisi Eastwood pour les illustrer. La plupart du temps, le comique ne repose pas uniquement, comme on pourrait l'attendre, sur la confrontation des personnages dont les différences sont flagrantes. L'humour naît plutôt de l'observation des individus pris séparément, et les confrontations sont plus souvent source d'émotion que de gags.
Le réalisateur saupoudre également son film de clins d'œil aux différents genres cinématographiques auxquels il s'est frotté au cours de sa carrière, du film de "vigilante" aux westerns en passant par les films de guerre. Ces références discrètes viennent renforcer l'idée que le scénario classique qu'il a choisit d'illustrer ne constitue qu'une partie d'une ambition plus grande.
Car si le film se construit principalement autour de cette histoire de transmission du savoir et de rédemption, il existe à mon avis un second niveau de lecture pour aborder Gran Torino. La première partie du film met en scène un personnage obsolète, un héros de l'ancien temps, d'un cinéma de jadis, caractérisé par la violence avec laquelle il résout le moindre des problème, par son racisme quotidien, indissociable d'un passé peu reluisant et par le peu d'émotion qu'il semble éprouver. Un personnage à qui aujourd'hui personne ne voudrait consacrer une histoire ou un film. Pourtant au bout d'un certain temps le personnage bascule vers un archétype différent et s'adapte au monde environnant. Les sentiments percent enfin, les conflits sont résolus avec plus de réflexion et grâce à ces transformations, le personnage accède à une nouvelle forme d'héroïsme. Moins anecdotique qu'il ne l'était au début du récit, le Walter Kowalsky de la fin du film se libère enfin de son appartenance à un temps donné, à une époque révolue, pour devenir une figure mythique, et indémodable.
Mais Gran Torino arrive à ne jamais être un pensum sur ce sujet délicat de l'auto-analyse et garde toujours un pied ancré dans la série B. Que ce soit par ses dialogues parodiques, ses personnages caricaturaux ou ses diverses références à une cinématographie bis, Eastwood parvient à nous tenir en haleine pendant deux heures qui filent sans temps morts, nous faisant passer du rire à l'émotion avec une simplicité remarquable. Les seuls petits bémol que j'émettrai à propos du film sont liés d'une part à des inégalités de jeu, en particulier chez le jeune comédien qui incarne Thao, qui par moment n'arrive pas à convaincre totalement, et d'autre part à cette séparation dont j'ai parlé entre la première et la seconde partie du film. Si au début du film, nous suivons un personnage d'anti-héros assez atypique, ce qui a tendance à provoquer le rire ; lorsque l'émotion survient et que le personnage bascule vers cette figure de samouraï melvillien, le film perd un peu de son originalité et l'on retrouve des schémas plus attendus que dans la première partie.
Gran Torino est donc un film à aller découvrir sans hésiter, car malgré les tout petits défauts que j'ai pointés du doigt, il n'en reste pas moins un film plaisant à regarder, subtil et lucide sur les sujets abordés.
Déjà immortalisé comme cinéaste, acteur et personnage, sur les millions de kilomètres de pellicule qui constituent sa filmographie, Clint Eastwood, s'offre avec son dernier film une empreinte plus durable sur la rétine des spectateurs que ne le sera jamais sa signature dans le ciment du Hollywood boulevard.
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BANLIEUE 13 ULTIMATUM Réalisé en 2008 par Patrick Alessandrin.
Critique éditée le 01/03/09 à 13:26 par GroBill (Modérateur du site)
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On le savait, la subtilité n'a jamais vraiment étouffé Luc Besson ; moins enclin à s'adresser à l'intellect de ses spectateurs qu'à ses instinct primordiaux comme la faim, l'instinct de reproduction et la défense du territoire. Et une fois encore, le producteur-scénariste ne déroge pas à la règle qu'il s'est fixée et nous propose un film au scénario d'une ineptie sans bornes.
Mais il est devenu trop facile aujourd'hui de tirer à boulet rouge sur la médiocrité de cet ancien réalisateur qui, il y a bien longtemps, nous avait proposé quelques séries B plutôt attachantes comme Le dernier Combat, Nikita ou Subway. Mais depuis de nombreuses années Besson a délaissé la réalisation et s'occupe à plein temps de pondre à la chaine des canevas de films qu'aux Etats-Unis ont rangerait dans la catégorie des "Direct to DVD", soit des films qui ne méritent certainement pas une exploitation en salles et qui garnissent les rayons des vidéos clubs et les bac à soldes des boutiques Cash Converters.
Banlieue 13 Ultimatum reprend l'univers crée en 2004 par Besson et mis en image par Pierre Morel, quelques années après la fin du film précédent. La phrase d'accroche utilisée en ouverture du film est en elle-même une véritable note d'intention : « 3 ans après, le gouvernement a changé, pas le reste » et en effet rien n'a changé que ce soit dans le scénario, dans les personnages ou dans le déroulement de l'action, tout est absolument conforme au premier opus. En même temps, il n'y avait aucun raison pour que ça change...
Je ne vais pas m'étendre sur l'histoire de B13U, vu que le canevas conçu par Besson n'est pas et de loin l'élément le plus important du long-métrage de Patrick Alessandrin et je vais plutôt m'intéresser à d'autre aspects du film qui participaient déjà de l'intérêt tout relatif du premier film.
Nous retrouvons à l'écran les deux personnages principaux de Banlieue 13 interprétés par David Belle et Cyril Raffaelli, qui ne sont pas comédiens, comme souvent dans les productions Besson, mais qui sont des cascadeurs professionnels. David Belle a été l'un des inventeurs du Parkour, cette discipline sportive héritée d'Asie et adapté au milieu urbain qui fut rendu médiatique par les deux films mettant en scène le groupe de Yamakasis. Cyril Raffaelli est lui aussi un adepte du parkour, mais il s'est spécialisé dans la chorégraphie des combats et la pratique des arts martiaux, ce qui l'a propulsé entre autres sur le tournage de Die Hard 4 en 2007. La présence de ces deux athlètes confirmés dans les rôles principaux avait contribué à donner à Banlieue 13 un intérêt notable, en particulier pour le tournages des scènes d'actions qui, une fois n'est pas coutume, avaient été réalisées pour la majeure partie sans l'aide d'effets spéciaux numériques. La puissance esthétique du Parkour, s'était révélée être l'un des seul aspect mémorable du film de Pierre Morel, en particulier dans cette course poursuite qui ouvrait le film (une séquence mémorable de 3 minutes découpée en pas moins de 140 plans, soit presque un plan par seconde). C'est donc tout naturellement que Philippe Alessandrin a misé lui aussi sur cet atout indiscutable. Malheureusement, comme dans le premier film, le jeu des acteurs est de qualité inversement proportionnelle à leurs capacités physiques, et les rares scènes qui ne sont pas orientées sur l'action mais sur la comédie sont bien sûr d'une médiocrité notoire. Dans ce nouveau film, l'accent est plus mis sur les combats que sur les déplacements, le statut de héros des personnages ne leur permettant pas de fuir sans arrêt, ce sont les affrontement qui volent la vedette aux déplacements et courses poursuites. Et c'est bien dommage, car il s'agissait là comme je l'ai dit du seul véritable intérêt de cette franchise.
Mais dans l'ensemble, Banlieue 13 Ultimatum rempli son contrat de film d'action décérébré et ne lâche pas le spectateur une seul seconde. Philippe Allessandrin ne nous laisse pas au spectateur le temps de s'ennuyer et enchaine les séquences d'action avec une prolixité à rendre jaloux le cinéma américain.
Pour ce qui est de la dimension d'anticipation du film, nous retrouvons des décors de banlieue sordides que la production est allé repérer en Serbie (le premier film avait été tourné en grande partie en Roumanie), mais là où le premier film jouait ouvertement la carte de la référence, en particulier aux films de John Carpenter New York 97 et Los Angeles 2013, ici le film ne fait plus référence à rien si ce n'est peut-être à Mad Max III : Au-delà du Dôme du Tonnerre, soit le plus mauvais film de la trilogie. La situation de la banlieue 13 n'a pas évolué et les gangs se partagent le territoire, les gitans cohabitant avec les noirs, les maghrébins, les asiatiques et... les skins néo-nazis. Dans sa volonté de recréer un microcosme futuriste, qui n'est pas sans faire penser à la littérature cyber-punk, elle aussi souvent peuplée de communautés caractérisées à grand traits, Besson sombre dans la bêtise la plus crasse. On touche le fond avec ce patchwork ethnique, qui cible toutes les catégories de public que le producteur souhaiterait voir débarquer dans les salles obscures, au point de représenter à l'écran des minorités discutables comme les skins et de les mettre au même niveau que les autres communautés.
Si comme d'habitude l'anticipation est utilisée ici pour parler du monde contemporain et en pointer les pires travers, on peut surtout saluer le manque d'originalité du prétexte de départ, à savoir raser les banlieue pour en faire des beaux quartiers que reconstruira la multinationale Harryburton (les américains apprécieront). Ce prétexte de départ était déjà à l'origine du film Robocop de Paul Verhoeven qui sur le même sujet nous offrait un petit chef d'œuvre de série B subversive. Ici la subversion se limite à mettre dans la bouche de certains hommes politiques des répliques écrites avec les pieds et de montrer que si toutes les communautés se prenaient la main au lieu de bruler des voitures, la banlieue deviendrait le pays des bisounours.
Reste un film d'action shooté à l'adrénaline, qui sent bon les dessous de bras et les baskets humides, un film qui s'avère plus réussi que le premier au niveau de la construction et du découpage, mais qui s'avère être également moins attachant que le nanar pur jus réalisé par Pierre Morel en 2004. Dans tout les cas ça reste moins bien écrit que le pire épisode de New York Unité Spéciale, mais ça pourra peut-être vous faire passer une agréable soirée Kronembourg/Pizza entre amis, mais seulement si vous enchainez ensuite sur Des serpents dans l'avion, pour remonter le niveau.
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